Violences conjugales au Congo : un cri étouffé par la société

by Ici Brazza | 11 février 2019 10 10 35 02352

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Marlène Binta Tchibinda a été agressée par son mari à leur domicile dans le quartier de Bacongo à Brazzaville Ph twitter @danielesng1

Caractérisées par les abus physiques et/ ou psychologiques, les violences conjugales demeurent  un sujet encore tabou en République du Congo. Encore banalisées de nos jours, ces pratiques  gangrènent pourtant la société congolaise et le nombre de victime ne cesse d’augmenter. Tout  récemment, en Janvier 2019, une dénommée Marlène Binta Tchibinda a été attaqué à la machette par son mari pour des raisons obscurcies. Un autre cas avait été recensé dans la ville de Dolisie, où une femme du nom de Olga avait été assassiné par son époux car elle ne voulait  pas « satisfaire au devoir conjugal » du soir. Tous ces abus ne laissent pas la population congolaise indifférente. Un mouvement du nom de #JenesuispasunTamTam a vu le jour sur la sphère virtuelle congolaise en guise de soutien aux victimes des violences conjugales. À cela s’ajoute les structures mis en place par l’Etat, en l’occurrence un guichet unique et un numéro vert permettant de recevoir à distance les victimes. Des Organisation non gouvernementales travaillent également sur ce sujet. De plus, une loi congolaise prévoit des sanctions sur les violences domestiques. Nonobstant toutes ces mesures, le cri de douleur des victimes est asphyxié par le regard de la société et le poids de la tradition.

Marlène Tchibinda a été agressée par son mari à leur domicile dans le quartier de Bacongo à Brazzaville. Il faut agir, aidons ces #femmes[2] à sortir du silence avant qu’il ne soit trop tard. #stopauxviolencesfaitesauxfemmes[3] #stopviolenceagainstwomen[4] pic.twitter.com/d0twfDEpc3[5]

— Danièle SNG (@danielesng1) 1 février 2019[6]

Le silence des victimes 

Le principal frein à l’expansion des mouvements de luttes contre les violences conjugales à l’égard des femmes est sans aucun doute le silence des victimes. Une partie de population tient à perpétuer l’image archaïque de la femme africaine. Cette image est basée sur une théorie stipulant que le statut et le respect de la femme reposent sur le mariage et la capacité à avoir des enfants. De ce fait, souvent considéré comme une honte, les victimes développent une culture de silence autour de ce sujet. Les conséquences sont multiples tant sur l’état d’esprit de la victime que sur sa personne. Grossesses forcées et non désirées, avortement dangereux, fistules traumatiques, maladies sexuellement transmissibles, constituent les conséquences directes de ce fléau. Il convient de noter qu’à ce stade, les enfants deviennent le seul point d’équilibre du foyer à ce stade. Ces femmes qui sont des mères de famille ont peur d’abandonner leurs enfants ou n’ont tout simplement pas les moyens pour les élever. Jusqu’à aujourd’hui, aucune victime n’a officiellement porté plainte auprès des services de police pour violences conjugales. Ainsi, les services sociaux se sentiraient découragé de sensibiliser les adultes car aucune d’entre elles n’a dénoncé son conjoint.

Taux d’alphabétisation chez les femmes remis en cause 

Au sein de la société congolaise, le taux de chômage est plus élevé dans les campagnes, tant chez les hommes que chez les femmes. Le risque est plus élevé dans les milieux ruraux où le taux de scolarisation chez les jeunes filles est faible. Elles sont encore moins sensibilisées aux violences conjugales, et ne sont pas forcément au courant de leurs droits. La plupart exercent des métiers issus du secteur informel et ne possèdent pas de revenus importants. Ces jeunes femmes dépendent économiquement de leurs maris. La crainte de « désobéir » à son mari s’explique par le fait qu’elles se verraient ainsi privé de d’argent de popote par leurs maris. Interrogés sur ce phénomène, les hommes justifient leurs actions en affirmant que leurs épouses seraient insolentes et moins « soumises » qu’à l’époque de leurs mamans. Ils rajoutent qu’elles ne participeraient pas financièrement à la vie du foyer. Est-ce pour autant une raison ? Le socle d’un couple est la communication et le respect, si ces deux qualités n’existent pas, il serait préférable de rompre au lieu de lui frapper dessus. La décadence sociale accentuée par le patriarcat et les mauvaises interprétations de la religion contribuent à la perpétuation de ces pratiques immondes.

Justice !

La première étape consiste à briser le silence autour de ce sujet. Il n’y aura pas de justice sans la collaboration de victimes ou de leurs proches. Une action pour lutter contre les violences à l’égard des femmes au foyer serait d’instaurer un système de foyers d’accueil. Un numéro vert existe déjà, l’idéal serait de médiatiser les campagnes de sensibilisation. Un passage au parquet suivi des années de condamnation pour les agresseurs ainsi qu’un versement d’indemnités importante à l’égard de la victime en guise de réparation. Proposer des ateliers de prise de parole dans les quartiers et un suivi psychologique des victimes. La société civile entière est concernée par cette problématique car si les victimes ne désirent pas s’exprimer à ce sujet, leur entourage devrait prendre cette responsabilité. Ainsi chaque citoyen congolais deviendra le gardien d’un autre. Aucun défi sociétal ne se résout sans la participation de la société civile. Il est important de noter que ces femmes vivent non seulement avec une incontinence chronique mais aussi avec un traumatisme psychologique et la stigmatisation. La femme dispose du droit intrinsèque de propriété de son corps.

Deborah BAKALA (Wa Semo )- 

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