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Économie

Au grand marché de Kinshasa, « même le prix du piment a augmenté »

Un marché à Gombe près de Kinshasa, le 18 avril 2016

Un marché à Gombe près de Kinshasa, le 18 avril 2016

« Ici, les prix ont vraiment grimpé depuis cette affaire du taux de change qui augmente chaque jour », remarque Sandra Umba sur le grand marché de Kinshasa.

Chez le grossiste, « un sac de choux est passé de 25.000 à 55.000 francs congolais » en conséquence de quoi « un chou que je vendais à 500 francs (un peu plus d’un demi dollar naguère, NDLR) est passé à 1.500 francs » en moins d’un mois, explique cette vendeuse de légumes.

Depuis février, le cours du franc congolais glisse par rapport au billet vert après plusieurs années d’une stabilité remarquable autour de 920-930 francs congolais pour un dollar. Chez les changeurs de la rue Lukusa, référence dans le nord de la capitale de la République démocratique du Congo, la baisse s’est amorcée dans les derniers mois de 2015 pour s’accélérer en février et s’accentuer nettement depuis quelques jours.

Lundi, certains établissements proposaient jusqu’à 977 francs congolais pour un dollar tandis que des commerçants pratiquaient un taux à « nonante-huit » (980 francs pour un dollar).

Dans un pays où la plupart des produits de première nécessité sont importés, les variations de change perturbent vite les prix à la consommation, ce qui vient ajouter aux difficultés d’une population vivant largement dans la très grande pauvreté.

« Regardez, un kilo de carottes de 2.000 francs se vend aujourd’hui à 4.000. On ne peut pas continuer à cette allure », se plaint une cliente, « même le prix du piment a augmenté ».

Premier ministre du président Joseph Kabila depuis bientôt quatre ans, Matata Ponyo, qui fut ministre des finances de 2010 à 2012, vante régulièrement la « stabilisation du cadre macroéconomique » congolais comme sa grande réussite.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’inflation, qui dépassait 46% en 2009 a été ramenée autour de 1% de 2013 à 2015. Dans le même temps, la croissance économique du pays, premier producteur africain de cuivre et premier producteur mondial de cobalt, a atteint en moyenne de 7,7% par an sur la période 2010-2015.

Elle a néanmoins fortement ralenti en 2015, frappée par la baisse des cours des matières premières, et se fait rudement sentir sur les finances de l’État qui voit fondre ses recettes fiscales.

– Spectre de l’hyperinflation –

La chute du franc congolais par rapport au billet vert semble pour l’instant limitée à Kinshasa : à Lubumbashi (sud-est), la deuxième ville du pays, ou à Goma (est), les changeurs continuent de pratiquer un taux aux alentours de 920 francs congolais pour un dollar. Mais comme à Kinshasa, la recharge de 100 unités de crédit téléphonique a bondi de 20% avec le week-end : 1.200 francs lundi contre 1.000 vendredi.

L’économie congolaise est dollarisée à plus de 85%, mais la plupart des salaires sont définis en francs congolais. Fragilisée par une crise de liquidités depuis la fin du mois de mars, la BIAC, une des plus grandes banques du pays, continue de bloquer les retraits en dollars, qui se font rares dans la capitale.

Le 7 avril, les services du Premier ministre s’étaient réjouis qu’une injection sur le marché bancaire de 50 millions de dollars réalisée en février par la banque centrale et diverses « mesures » gouvernementales aient permis de stabiliser le taux de change entre 955 et 960 francs pour un dollar. Mais c’était avant que la monnaie nationale ne reprenne sa glissade et plusieurs opérateurs économiques s’inquiètent désormais que l’État n’ait plus les moyens de contenir un recul plus marqué du franc.

Matata Ponyo, qui a longtemps répété que la RDC n’avait pas besoin de l’aide du FMI, a rencontré sa directrice générale Christine Lagarde il y a quelque jours à Washington.

Alors que règne un climat d’incertitude politique lié à la quasi-certitude du report de la présidentielle censée avoir lieu avant la fin de l’année, certains dans la capitale, commencent à redouter un retour à l’hyperinflation du début de la décennie 1990.

« On a connu ce genre de perte de la valeur de notre monnaie à l’époque de Mobutu (1965-1997). Curieusement, c’est maintenant que cela arrive », dit un fonctionnaire sous couvert d’anonymat. Mais « jusque-là, se rassure-t-il, le prix du carburant à la pompe n’a pas bougé ».

Par l’AFP

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