home Congo, Pointe Noire, Politique Thierry Moungalla: «Mabanckou, c’est l’époque de Tintin au Congo»

Thierry Moungalla: «Mabanckou, c’est l’époque de Tintin au Congo»

Thierry Moungalla le ministre congolais de la Communication(G) et Alain Mabanckou l’écrivain congolais
Thierry Moungalla le ministre congolais de la Communication(G) et Alain Mabanckou l’écrivain congolais

Thierry Moungalla, le ministre congolais de la Communication n’a pas du tout apprécié les déclarations de l’écrivain congolais, Alain Mabanckou qui a demandé au président français, François Hollande de ne pas valider l’élection contestée de Denis Sassou Nguesso à l’issue de l’élection présidentielle du 20 mars dernier.  Le porte-parole du gouvernement congolais estime que le Congo Brazzaville est un pays indépendant et un Etat souverain et le peuple congolais s’est prononcé de manière claire. Pour M. Moungalla, les félicitations d’un chef d’Etat étranger ne changeront rien à la décision du peuple congolais. Entretien avec Œil d’Afrique.

Œil d’Afrique : Comment réagissez-vous sur les propos tenus par l’écrivain Alain Mabanckou ?

Thierry MOUNGALLA : «J’ai été surpris par les propos tenus par Alain Mabanckou présenté comme un grand écrivain et qui malheureusement déclare sur les ondes et dans une lettre ouverte qu’il invite le gouvernement français à valider ou à ne pas valider l’élection présidentielle au Congo. Je crois qu’il nous ramène 60 à 70 ans en arrière. Il faut dire à Alain Manbackou que le Congo est un pays indépendant et la seule autorité habileté à valider les élections au Congo, c’est la Cour Constitutionnelle et le seul pouvoir à exercer sa souveraineté au Congo, c’est le peuple. A ces deux niveaux, le peuple s’est prononcé. La cour constitutionnelle a validé. M. Manbackou peut demander des audiences à qui il veut, au Pape, à l’ONU et à tout autre chef d’Etat étranger, cela ne changera rien à l’expression de la souveraineté du peuple congolais. Je trouve que ces propos sont des propos extrêmement irresponsables.

Alain Mabanckou demande des audiences mais il s’adresse au président français parce que, comme il le dit, c’est la France qui décide et place les dirigeants à la tête des pays africains. Et on le sait et vous reconnaissez également que c’est la France qui décidait hier de qui allait être président dans les pays sous influence française…

Moi je ne reconnais pas ce type de propos qui sont des propos qui nous renvoient à ce que M. Manbackou est en train de dénoncer. Désolé mais le Congo est un Etat souverain. Le Congo est un Etat à égalité de souveraineté avec la France et on ne demande jamais à un président du Congo, quel qu’il soit, de valider ou de ne pas valider des élections ailleurs.

Ce sont des propos qui manifestement sont le reflet d’une méconnaissance totale des règles diplomatiques. M. Mabanckou est peut-être un grand écrivain mais en voulant changer de spécialité en un homme politique qui a avancé d’un mauvais pas.

Comment expliquez-vous le silence français après l’élection de Denis Sassou Nguesso ?

Qu’est-ce que le Congo et ses institutions ont à attendre en termes d’approbation et de désapprobation. Le peuple congolais est au Congo et s’est prononcé de manière claire et a élu son président de la République. Je ne vois pas en quoi les félicitations chaleureuses d’un Etat étranger changeraient quoi que ce soit à la réalité politique et électorale du Congo. Je crois qu’il faut que nous les africains, arrêtions de nous comportons comme à l’époque du Tintin au Congo. Je ne vois pas en quoi aujourd’hui lorsqu’il y a des élections en France ou aux Etats-Unis, ces peuples-là vont attendre l’approbation du président du Congo ou d’un chef d’Etat étranger.  Je suis un ami de la France. Mais je ne vois pas en quoi le silence ou la parole du Président français changerait quoi que ce soit à la réalité de la légitimité du pouvoir du Congo. Je vous le dis avec force, nous sommes un Etat indépendant et souverain.

Un peu avant le changement de la Constitution au Congo, le président français, François Hollande avait reconnu que Denis Sassou Nguesso était libre de demander l’avis de son peuple quant au référendum. Et la majorité au Congo était contente de cette réaction…

Dans un camp comme dans l’autre, lorsqu’un chef d’Etat étranger dit qu’il est légitime pour un président de la République de consulter son peuple par voie référendaire procédure reconnue par la Constitution, c’est quelque part reconnaître une évidence. Il n’y avait pas besoin qu’un président étranger le dise pour que ce soit validé. Il faut qu’on sorte de ce chemin qui nous amène à un néocolonialisme. Nous sommes des pays adultes et indépendants. Je n’attends pas en tant que ministre du Congo que mes institutions soient validées par un Etat étranger. C’est un schéma d’entame qui est anachronique et qui nous renvoie 70 ans en arrière.

Si M. Manbackou qui se dit congolais alors que manifestement il est tout sauf congolais. Il travaille en France et aux Etats-Unis, il est apparemment de nationalité française. Il n’est pas inscrit sur les listes électorales du Congo, il n’a pas assisté aux élections au Congo… Je ne vois pas sur quel critère et sur quelle base il se porte fort pour créer au niveau international une sorte d’agitation en demandant que les élections au Congo soient non validées. Je crois qu’il faudrait que nous nous habituions à ce que nos peuples se prononcent et le peuple s’est prononcé. Il n’y a rien d’autre à faire qu’à constater l’expression de cette souveraineté. 

Je crois que M. Manbackou qui tente apparemment d’entrer dans le champ politique l’a fait par un pas qui est assez maladroit. 

Que vous répondez à un concitoyen qui s’étonne et qui dit que le nom de son pays d’origine est inscrit sur un tableau noir du déshonneur des républiques bananières à côté de la Corée du Nord ?

Je dis simplement ceci : M. Mabanckou est certainement un grand écrivain. Mais il manifestement sur un champ politique, quelqu’un qui veut renvoyer le Congo à des périodes qui sont révolues. Le Congo est un Etat  indépendant. Si M. Manbackou estime que le nom de son pays est souillé, qu’il s’engage franchement en politique plutôt que d’utiliser sa notoriété acquise pour des raisons légitimes dans le champ de l’écriture pour tirer et taper sur les autorités de son pays. S’il veut faire la politique, il ne peut pas utiliser sa notoriété de littéraire pour tirer depuis l’étranger sur son pays sur la base de réalités qu’il ne maîtrise pas parce qu’il n’était pas au pays, il ne vit pas ici, il n’est pas inscrit sur les listes électorales. Il n’est pas à ce stade pas outillé aux termes de connaissance de ce qui s’est passé le 20 mars et au mois d’octobre pour porter un jugement au scrutin qui vient d’avoir lieu.

En tant que leader d’opinion, en tant qu’auteur que vous reconnaissez. Alain Mabanckou n’est-il pas dans son rôle de dénoncer par exemple les évènements qui ont lieu actuellement dans le Pool ?

Il n’y pas d’évènement pas dans le Pool. Il y a eu quelques évènements qui étaient liés au fait qu’on a ciblé les centres de commandements du Pasteur Ntoumi. Au moment où nous parlons, les populations qui s’étaient déplacées parce que apeurées, sont reparties dans leurs habitations. Il y a aujourd’hui à gérer les considérations d’ordre humanitaire et de relancer les activités de commerce, permettre à ce que les élèves finissent leur année scolaire. Parler aujourd’hui des familles qui seraient en détresse dans le Pool, là encore c’est une méconnaissance de la situation réelle et exacte sur le terrain de M. Manbackou.

Quelle est la place aujourd’hui de l’opposition congolaise et de son leader Jean-Marie Mokoko ?

Je ne sais pas qui est le leader de l’opposition au jour d’aujourd’hui. Sur un plan purement électoral, le 2e aux élections c’est Parfait Kolelas. Deuxièmement, la Constitution nouvelle prévoit un statut du Chef de l’opposition et un statut de l’opposition. Ce statut est déterminé par la loi. Il appartiendra au gouvernement et au parlement de déterminer les conditions exactes de l’exercice de la fonction d’opposant. C’est là une très grande avancée politique. A partir de maintenant, l’opposition va jouir d’un statut, de moyens logistiques et de moyens humains et matériels pour le contrôle de l’action du gouvernement.

Propos recueillis par Roger Musandji

  

One thought on “Thierry Moungalla: «Mabanckou, c’est l’époque de Tintin au Congo»

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils