Soins ambulants de pédicure et de manucure en RDC: les femmes plus exposées au VIH/Sida

Soins ambulants de pédicure et de manucure en RDC: les femmes plus exposées au VIH/Sida

Les Kinois, habitants de la ville de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC) développent au quotidien divers moyens et stratégies pour lutter contre l’extrême pauvreté à laquelle ils sont confrontés. Fertiles en imagination, ils s’adaptent tant bien que mal à toutes les situations difficiles qui se présentent sur leur route.

Une catégorie de jeunes gens débrouillards se démarquent du lot. Ces jeunes, dont l’âge varie entre 12 et 17 ans, ont pris leur destin en mains. Qui sont-ils? On les appelle «Bana ya vernis» en Lingala, l’une des quatre langues nationales parlées à Kinshasa et dans toutes les provinces du pays. Cette appellation signifie fournisseurs de soins de pédicure et de manucure à peu de frais. Ceux-là sillonnent sans se lasser les rues et avenues de tous les quartiers de la ville en quête de clientes potentielles.

Ces dispensateurs de soins font partie intégrante de la vie sociale des Kinois. Ils signalent leur présence par des bruits stridents provoqués à l’aide de petites bouteilles de verre qu’ils manipulent et entrechoquent avec beaucoup de dextérité. C’est une façon pour eux d’attirer l’attention d’éventuelles clientes désireuses de recevoir les soins précités.

Ces sont souvent des jeunes filles et des mères de famille et parfois même des jeunes gens qui font ce travail. Lettrées ou non, leur but est d’embellir. Leurs trousses de travail renferment des dissolvants, de l’alcool naturel, toute une gamme de vernis multicolore, de la ouate, de petits ciseaux, des fourches miniatures, des limes, de petites brosses, des tubes de super black destinés à noircir les ongles des mains et des pieds, ainsi que d’autres objets tranchants qui ne sont malheureusement pas stérilisés avant et après chaque utilisation.

Pour des raisons financières, les femmes optent pour ces soins qu’elles estiment abordables, ignorant les risques qu’elles encourent d’être infectés par des outils probablement souillés par d’autres et que ces prestataires de soins utilisent à longueur de journée d’une personne à une autre sans songer à les stériliser.

«Tout le matériel utilisé pour ces soins n’est pas stérilisé et peut véhiculer toutes sortes de bactéries et de virus, dont le VIH/Sida», confirme et déplore le Dr Nsitu Adelin, médecin directeur adjoint au centre Neuro-psychopathologique des Cliniques universitaires de Kinshasa.

Pourtant, les statistiques disponibles au ministère de la Santé publique signalent que la RDC est déjà parmi les pays à épidémie généralisée du VIH/SIDA avec une prévalence chez les adultes estimée à 4,04 % dans la population active générale et de 4,1 % chez les femmes enceintes.

« Souvent, je me demande si toutes ces femmes qui ont recours à ces soins ont à l’esprit l’existence de la pandémie?», s’interroge Bienvenue Lenza, infirmière dans une maternité de la place. Pour elle, toutes ces «seroignorantes» – celles qui ne connaissent pas encore leur statut sérologique dans le jargon des prestataires de soins – s’exposent dangereusement au VIH/Sida au contact de matériel souillé que ces jeunes utilisent indistinctement pour tous. Ces actes de pédicure et manucure apparaissent certes banals mais ils peuvent être lourds de conséquences.

Une cliente explique pourquoi elle a recours à ces jeunes. «Je fais appel à ces jeunes gens pour une pédicure car leur tarif est raisonnable, contrairement à ceux proposés dans les salons de coiffure et qui coûtent les yeux de la tête», se justifie Zeti Meta, une ménagère.

Mutamba Tapoy, syndicaliste à l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa estime de son côté que les femmes devraient s’adresser à de vrais salons de pédicure et de manucure où le matériel utilisé est stérilisé, quitte à dépenser un peu plus d’argent dans une structure appropriée. «Tout soin pratiqué en dehors des salons spécialisés en la matière équivaut à s’exposer à l’infection et à terme à la mort», prévient-il, avant de souligner que lorsque la personne sera infectée par la manucure ou la pédicure, ses proches dans la communauté (sa famille, ses amis) l’attribueront à une vie de débauche et ce, sans autre forme de procès.

Pour diminuer la transmission du VIH/Sida par voie de pédicure et de manucure, des mesures importantes s’imposent. Il faut coûte que coûte endiguer le mal en interdisant d’abord à ces jeunes de poser des actes qui peuvent s’avérer un vecteur de propagation du VIH/Sida.

En début de mois, Fabrice Mukobo, étudiant à l’Institut Supérieur Médical, qui a eu recours à un de ces prestataires de soins, a été blessé par une lime vraisemblablement non-stérilisée. C’est la preuve que même ceux qui étudient la médecine ne sont pas conscients des dangers potentiels de ces soins.

«Il n’est pas permis aux enfants qui n’ont pas encore atteint leur majorité de travailler. C’est enfreindre la Convention de l’Enfant qui interdit le travail des enfants mineurs. De plus, eux aussi peuvent se blesser et se contaminer en prodiguant ces soins», souligne Mpoyo Mutamba, nutritionniste dans un hôpital de la place.

Il est malheureux qu’en RDC, les campagnes de sensibilisation au VIH/Sida et d’autres maladies transmissibles aient lieu dans des salons huppés, loin des populations cibles. Ce faisant, le message ne parvient pas à la majorité de la population et reste entre les quatre murs des salles de conférences et des salons. «Ce sont les petits copains proches du pouvoir qui profitent du budget alloué aux activités de sensibilisation», déplore une fois de plus le syndicaliste Tapoy Mutamba. «Ce budget doit être utilement dépensé pour la nation et le message de prévention doit atteindre toutes les couches de la population – étudiants, ménagères, employés des établissements publics ou privés – afin de lutter contre l’ignorance et freiner l’avancée de la pandémie du VIH/Sida».

©Genderlinks


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