RDC: Moïse Katumbi face aux alliés de circonstance

RDC: Moïse Katumbi face aux alliés de circonstance

Les billets verts de l’ex-gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, réussirontils à convaincre les derniers indécis de l’élite congolaise à le soutenir dans le combat à distance qu’il livre contre Joseph Kabila ? 

S’il fallait reconnaître une qualité à Moïse Katumbi, cela serait sans nul doute, sa capacité à s’entourer de personnes de qualités acquises à son projet. À la tête du Tout Puissant Mazembe, l’équipe de football de la ville de Lubumbashi, Katumbi a opéré une transformation qui a conduit cette formation à dominer le football Africain durant plusieurs années. Avec 5 titres de champions d’Afrique des clubs, le TP Mazembe est la vitrine de la méthode Katumbi.  

N’ayant pas d’éléments permettant d’attendre ses objectifs, Moïse Katumbi use de sa manne financière pour attirer les meilleurs joueurs du continent pour former l’ossature de son club et permettre aux talents nationaux tel que Trésor Mputu de briller. 

Une fois le divorce avec Joseph Kabila officialisé, Moïse Katumbi s’emploie à reproduire la même stratégie qui lui a si bien réussi dans le football. Les cibles sont nombreuses. Olivier Kamitatu et Delly Sessanga sont les alliés qui servent de caution aux personnalités encore hésitantes. Il met également en application l’adage – « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Il se constitue un socle partant de Frank Diongo en passant par Martin Fayulu en incluant Joseph Olenga Nkoy, Roger Lumbala et Freddy Matungulu. Il réalise l’exploit de faire venir à lui ses opposants d’hier. Le bâtonnier Muyambo qui fut très critique sur la manière dont le gouverneur Katumbi dirigeait la province a lui aussi rejoint la mouvance.  

Derrière ces arrivées, il met en place via un cabinet de conseils une stratégie de communication essentiellement basée sur les réseaux sociaux. En quelques jours, ses différentes pages Facebook et Twitter sont vérifiées et le nombre d’abonnés rivalisé avec les grands noms de la politique Africaine. La presse internationale n’est pas en reste. France 24, TV5 Monde, RFI et Jeune Afrique sont également sollicités pour faire de Katumbi « le principal opposant » de Joseph Kabila. 

Si ce succès d’un nouvelle arrivant dans les rangs de l’opposition congolaise a été bien accueilli, cela était sans nulle doute dû à la présence d’Etienne Tshisekedi, leader incontesté de l’opposition en RDC.  

Tshisekedi disparu, l’heure de vérité a sonné. Ceux qui avaient succombé à l’appel des billets verts n’ont pas d’autres choix que de se dissimuler dans les discussions de salons que sont celle de la mise en application des accords de la Saint-Sylvestre. Pour les autres composantes, il s’agit du leadership de l’opposition congolaise. Des têtes vont tombés.  

Pour l’opinion publique, Katumbi est désormais le leader naturel de l’opposition bien que loin des négociations de l’accord du 31 décembre dernier. Mais la fronde s’organise. Joseph Olenga Ngoy, Bruno Tshibala, Freddy Matungulu et Roger Lumbala refusent cet état de fait. Pour Roger Lumbala « Felix Tshisekedi n’a pas droit de vendre l’UDPS et Le Rassemblement à Moïse Katumbi. » A croire Lumbala, les billets verts continuent de prendre le pas sur les convictions. Les héritiers d’Etienne Tshisekedi sont nombreux. Entre les héritiers biologiques et les héritiers politiques la division est inévitable. La cause? Moïse Katumbi. 

Pour le camp qui revendique avant tout autre chose l’héritage politique d’Etienne Tshisekedi, Katumbi ne peut être compté parmi eux. « Il ne faut pas confondre un dissident et un opposant politique. » affirme le député national Emery Okundji. Le message est clair. Moïse Katumbi ne peut être considéré comme un opposant à Joseph Kabila. Au delà de son passé comme haut cadre de la majorité présidentielle, le niveau de formation et l’absence de culture politique dérange et nourrissant ainsi les arguments de la bande de Olenga Nkoyi. 

« Il suffit d’échanger avec Katumbi pour comprendre que ce monsieur ne peut être la solution à la crise Congolaise. » nous disait un membre de la Dynamique de l’opposition. Ces prestations ratées sur France 24 et TV5 Monde n’ont pas permis d’en faire un leader chez des adversaires devenus des alliés de circonstance. 

Si une large population congolaise est séduit par l’homme de Lubumbashi, il reste à conquérir les intellectuels incorruptibles.  

Noël Tshiani explique « En 2015, j’ai été le [Katumbi] voir. Il m’a reçu à son domicile. Très vite j’ai compris que les questions économiques n’étaient pas sa tasse de thé. Un appel téléphonique de l’ancien patron du Football Mondial, Sepp Blater a décoincé mon hôte. Nous avons repris la conversation et le sujet était devenu le Football et son équipe du TP Mazembe. A l’issue de l’entretien, j’ai compris que ce monsieur n’a rien d’un leader réformateur mais bien un homme d’affaires usant de la politique pour des intérêts privés. » 

Ce récit est à l’image de ce que pense en sourdine les alliés de Moïse Katumbi à Kinshasa. « Il n’a pas le niveau Mais lui a l’argent pour lutter contre Kabila. » justifient les partisans de l’ex-gouverneur. Pourtant, des Hommes de valeurs la RDC en compte par milliers. Dans les rangs de l’opposition, Noel Tshiani, Haut cadre à la Banque Mondiale et Freddy Matungulu ancien cadre au Fond Monétaire International [FMI] rivalisent d’ingéniosité en terme de solution pour sortir la RDC de la crise. 

L’avènement de Moïse Katumbi à la tête de la RDC serait donc pour une partie de l’intelligentsia Congolaise une continuité dans l’enlisement. De ce fait, il est difficile comme l’explique les partisans de Tshiani et de Matungulu, d’accepter d’être aux ordres de Katumbi. « Comment comprendre tant d’années d’études, d’expériences professionnelles reléguées à un poste de subalterne d’un homme sans qualification? » s’interroge un membre de Congo Na Biso parti de Freddy Matungulu.  

Afin de convaincre son peuple, l’élite Congolaise doit se refaire dans la transmission de sa communication qui se veut désirable. À ce point, Katumbi semble avoir saisi la nécessité de la stratégie de la communication émotive.

Roger Musandji Nzanza 

 


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