home Politique Pascal Tsaty-Mabiala : «Je vous l’assure, l’U.pa.d.s au pouvoir demain ne changera pas de Constitution»

Pascal Tsaty-Mabiala : «Je vous l’assure, l’U.pa.d.s au pouvoir demain ne changera pas de Constitution»

Le Premier Secrétaire de l’U.pa.d.s, Pascal Tsaty-Mabiala.
Le Premier Secrétaire de l’U.pa.d.s, Pascal Tsaty-Mabiala.

Après le message sur l’état de la Nation, prononcé par le Président de la République, Denis Sassou-Nguesso, le mercredi 12 août dernier, devant le parlement réuni en Congrès, le Premier Secrétaire de l’U.pa.d.s, Pascal Tsaty-Mabiala, a accordé une longue interview à notre rédaction, le dimanche 23 août 2015. Dans la deuxième partie de cette interview, il aborde la question de la Constitution, en exprimant la position de son Parti qui est contre le changement de la Constitution, mais serait favorable à une révision dite ciblée, c’est-à-dire qui exclue les dispositions  intangibles de la Constitution, si l’opportunité le permettait.

* Monsieur le premier secrétaire, par rapport au débat sur la Constitution, votre parti, l’U.pa.d.s, continue-t-il d’affirmer sa position de maintenir l’ordre constitutionnel?
** Depuis le début, nous avons toujours affirmé que ce débat sur la Constitution n’en valait la peine. Et d’ailleurs, le président de la République, allant comme dans le sens de notre affirmation, n’a pas évoqué ce sujet, dans son message fleuve à la Nation, le 12 août 2015 dernier. Il n’a jamais dit, comme le prétendent ses partisans, que cette Constitution dont il est lui-même le maître-d’œuvre, était source de problèmes. Au contraire, lorsqu’il en a fait allusion, il l’a implicitement défendue en reconnaissant les vertus qu’elle a apportées à notre pays qui s’en sort plutôt bien, selon lui, avec un bilan élogieux et c’est grâce à cette Constitution parfaitement adaptée à nos us politiques et notre démocratie. Mais restons conforme à notre conviction. Même si mon Parti ne s’est pas encore officiellement prononcé sur la nature du régime qui convient le mieux à notre pays, je me permets de dire à titre personnel que le régime présidentiel avec ses avantages et ses inconvénients nous paraît le mieux adapté à notre réalité et qu’il garantit en plus la stabilité des Institutions, la paix et la concorde nationale. Et les leçons de l’histoire peuvent être rappelées: en 1958 à Pointe-Noire au moment d’installer la jeune République du Congo en proie au conflit entre le M.s.a et l’U.d.d.i.a, et plus près de nous en 1992 après le vote de la motion de censure, notre pays aurait évité les deux grandes crises de son histoire politique qui nous ont coûté les deux guerres civiles de 1959 et de 1997 si nous avions un régime présidentiel. C’est pourquoi je considère que le régime parlementaire ou sa version corrigée, le régime semi-présidentiel ne sont pas les meilleurs exemples pour notre pays. Un membre du Gouvernement actuel a osé affirmer que si l’opposition accédait au pouvoir en 2016, le pays entrerait dans l’ingouvernabilité avec un parlement hostile au nouveau pouvoir. Il faut simplement excuser ce jeune Ministre qui n’a pas encore pris le temps de lire la Constitution, auquel cas il aurait compris qu’au moyen des ordonnances le Président peut conduire et appliquer son programme jusqu’au renouvellement de la chambre en 2017.

 * On suppose que si l’U.pa.d.s revient aux affaires, elle s’engage à garder la Constitution du 20 janvier 2002?
** Je vous l’assure, l’U.pa.d.s au pouvoir demain ne changera pas de Constitution. Tout au plus, y apportera des aménagements comme l’ont procédé des grandes démocraties comme les Etats Unis d’Amérique, en 228 ans, ou la France en 58 ans de vie constitutionnelle. Le renforcement de l’indépendance de la justice, la facilitation de la procédure de mise, en accusation du président de la République en cas de haute trahison ou encore l’encadrement par le parlement des nominations aux hautes fonctions civiles et militaires, pour éviter l’ethnicisation de l’Etat, pourraient faire l’objet d’un aménagement de la Constitution, si nous étions aux responsabilités.
Bien entendu toutes ces révisions seront inscrites dans notre programme de gouvernement qui sera soumis aux suffrages populaires. Ce ne sera donc pas à la fin du mandat dans la confusion et la précipitation totales que nous y procéderions si cela s’avérait nécessaire.
 
* Pour parler du référendum, est-ce que face au débat, aux tendances qui se sont dégagées, vous avez-vous-mêmes tenu un dialogue alternatif, est-ce qu’il ne serait pas démocratique justement de recourir au souverain primaire, un peu comme De Gaulle l’avait fait, interroger le peuple. Si vous êtes sûrs que votre position est partagée par un plus grand nombre de Congolais, est-ce que vous n’accepterez pas élégamment  et démocratiquement, de conduire le président Sassou dont les partisans veulent le changement de la Constitution, à un référendum et vous mobilisez les Congolais, pour lui infliger un échec, démocratiquement parlant?
** D’abord je relève que vous faites allusion au général De Gaulle qui n’a jamais procédé ainsi.

* Je voulais dire le principe du référendum?
** Vous rappelez le général De Gaulle, mais autant que je le sache, ce grand homme politique français n’a appelé au référendum, en 1962, que pour faire évoluer le régime parlementaire issu de la Constitution du 4 octobre 1958. Cette importante réforme, sans doute la plus marquante de la Ve République a consacré le régime semi-présidentiel. Vous vous demandez pourquoi ne recourrions-nous pas au souverain primaire pour trancher le débat actuel entre les «Oui» et les «Non» au référendum, comme c’est le cas dans d’autres démocraties telles que la Suisse. J’ai souvent entendu dire par les partisans du président Sassou qu’il gagnerait toutes les élections, s’il en était candidat et c’est pourquoi nous recherchons, par tous les moyens, sa disqualification. Ce qui me fait toujours sourire. Tous les Congolais, pourtant, savent qu’en 1992 dans un scrutin ouvert, le plus crédible que notre pays ait pu organiser depuis l’indépendance, le président Sassou en fonction n’avait pu arriver au deuxième tour, se réduisait à jouer les faiseurs des rois. Autrement dit, dans un scrutin démocratique, libre et transparent ses chances de l’emporter sont minces. Mais tout ceci est derrière lui, il ne peut plus légalement se porter candidat à l’élection présidentielle. Il ne lui reste qu’à quitter le pouvoir, à laisser un Congo en paix et prouver le contraire de ce que nous lui prêtons.
 
* Monsieur le premier secrétaire, vous êtes à la tête d’un grand parti, c’est quand même le principal Parti de l’Opposition, en terme électoral, mais on constate que dans le camp de l’opposition, l’U.pa.d.s ne joue pas tellement le rôle de leadership qu’on aurait attendu de lui?
**Tous les partis de l’opposition reconnaissent l’U.pa.d.s comme le principal parti de l’opposition. S’ils ne le disent pas ou peu, il n’en demeure pas moins vrai qu’ils le reconnaissent en leur fort intérieur. Quant à votre question de savoir pourquoi l’U.pa.d.s ne prend pas la tête de l’opposition et ne s’affirme pas, il ne peut y avoir aujourd’hui un leader de l’opposition comme bon nombre de nos partisans le souhaitent. Simplement parce que nous sommes une opposition plurielle, sans projet politique commun, qui n’est que circonstanciellement rassemblée autour d’un seul dénominateur commun: le respect de l’ordre constitutionnel. La recomposition de l’opposition avant l’élection présidentielle est une évidence dans les conditions de son regroupement actuel. A ce moment, programme contre programme, l’U.pa.d.s qui affirmera son leadership avec la réalité identitaire de cette nouvelle recomposition, et ses ambitions pour le pays avec une probable candidature à l’élection présidentielle, sortira forcement du bois et donc de sa réserve actuelle.

* Qu’est-ce que vous avez craint à Sibiti? Votre crainte était quoi?
** Qu’est-ce qu’il y avait à faire à Sibiti? Aller jouer les faire-valoir dans un jeu cadenassé depuis les travaux préparatoires où l’opposition a été soigneusement écartée? Non! Nous avons évité le ridicule. Après avoir dédaigneusement écarté notre dernière exigence, celle de nous remettre les documents de la commission préparatoire, pour en prendre connaissance au moins 24 heures avant le débat, il n’y avait plus de doute: le pouvoir ne souhaitait pas voir l’opposition réelle à Sibiti.
 
* C’est une initiative politique?
** Certainement. A une initiative politique, nous avons répondu par une position politique qui a débouché sur l’organisation d’un dialogue alternatif organisé à Brazzaville.
 
* Avez-vous un mot aux militants, comment vous voyez l’avenir à court terme, l’élection présidentielle de 2016 et les législatives de 2017?
** Je ne dirai pas que le parti se porte comme le Pont-neuf sur la seine. Incontestablement, il se porte mieux qu’avant le congrès de 2013. La querelle stérile a fait place au débat constructif et nous pouvons maintenant réfléchir au combat de demain, celui de l’élection présidentielle de 2016 à laquelle tout naturellement nous pensons tous les matins avant toute décision responsable, rationnelle et loin de l’émotion, il nous faut d’abord doter le parti d’un projet d’alternance. Nous nous en préoccupons, rassurez-vous.

Propos recueillis par Joachim MBANZA

One thought on “Pascal Tsaty-Mabiala : «Je vous l’assure, l’U.pa.d.s au pouvoir demain ne changera pas de Constitution»

  1. C’est bien ce qu’il a dit mais une chose est vraie, si l’opposition n’est vraiment pas réunie comme ùn seul parti, je prie avec insistance a l’actuelle président de demeurer au pouvoir car c’est l’unique moyen d’éviter une guerre civile

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