home Congo, Économie Mission du FMI : Viendra, viendra pas ? Le Congo suspendu à la mission de sauvetage du FMI

Mission du FMI : Viendra, viendra pas ? Le Congo suspendu à la mission de sauvetage du FMI

                                                                      Une mission du FMI (Fonds monétaire international), dont l’arrivée est attendue depuis le début du mois de septembre 2017 à Brazzaville, tarde à arriver. Elle est censée venir ouvrir et conclure des négociations bilatérales avec le Congo, afin de mieux structurer l’ajustement du pays dans le contexte d’efforts régionaux. Toutefois, l’arrivée de la mission est chaque fois reportée, sans connaître les raisons de ce report. La délégation attendue du FMI serait composée de sept experts économistes au total. Elle pourrait être sous la conduite d’Abdoul Aziz Wane. 

Le dernier report de l’arrivée de cette délégation a été le mercredi 13 septembre 2017. L’article 13 du communiqué du sommet des chefs d’Etat de la CEMAC (Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale), tenu le 2 décembre 2016 à Yaoundé, au Cameroun, stipulait que le FMI doit apporter son assistance aux pays de l’espace CEMAC. Le Fonds monétaire international avait contribué à la réflexion des pays de la CEMAC en cours sur l’évaluation de la situation économique et financière en 2016 et des perspectives pour 2017 et le moyen terme.
En effet, la baisse des prix du pétrole inflige des difficultés considérables à l’économie de la République du Congo, qui s’est fortement contractée en 2016. Après un fléchissement significatif en 2015, la croissance économique est devenue négative en 2016, pour la première fois depuis plusieurs années. Pour rappel, selon les estimations préliminaires du FMI, la croissance s’est établie à moins de 2,7 % en 2016, avec une baisse de 3,3 % de l’activité économique. D’où des réformes profondes envisagées pour le redressement. Ces réformes doivent être basées sur la réduction des dépenses de l’Etat, qui ne doit plus vivre au-dessus de ses moyens. Les dépenses de souveraineté doivent être revues à la baisse et des dépenses de prestige à éviter. Il faut des investissements prioritaires de qualité sur la base de l’urgence et de l’utilité avérée. Les réformes vont se fonder sur la discipline budgétaire pour privilégier l’orthodoxie financière. Il est aussi question d’appliquer la tolérance zéro sur la corruption.
Selon les prévisions du FMI, la croissance du secteur non pétrolier est estimée à moins 0,5 % en 2017, mais devrait continuer à augmenter. La prévision doit refléter l’effet de l’ajustement budgétaire nécessaire pour restaurer la confiance des investisseurs et l’impact positif des investissements passés sur la croissance. Mais l’augmentation rapide des investissements dans le pétrole devrait ralentir, dans la mesure où les grands projets pétroliers sont sur le point de commencer la production. Ainsi, la croissance à moyen terme devrait atteindre environ 3 % en moyenne. Ces projections se fondent sur un ajustement budgétaire significatif, nécessaire pour porter les réserves internationales de la République du Congo à trois mois d’importation en 2019, en ligne avec les objectifs régionaux de la CEMAC. En plus de ces objectifs régionaux, l’ajustement est nécessaire pour réhabiliter les finances publiques et assurer la soutenabilité de la dette devenue assez élevée ; améliorer la confiance des investisseurs et la capacité de l’économie à générer suffisamment de ressources pour les investissements dans le capital physique et humain.
Pour atteindre ces objectifs, il a fallu que le déficit budgétaire primaire puisse baisser de 39,9 % du PIB hors pétrole en 2016 et à 13,5 % du PIB en 2017. Un retard dans la mise en œuvre de cet ajustement provoquerait des conséquences néfastes pour l’économie congolaise. Retarder l’ajustement permettrait de maintenir la croissance à court terme, mais les réserves imputées de la République du Congo pourraient être complètement épuisées dans les douze prochains mois et le poids de la dette deviendrait rapidement insoutenable. La croissance fléchirait alors rapidement et les solutions de sortie d’une telle crise jointe de la dette et des réserves seraient beaucoup plus difficiles à formuler et à mettre en œuvre. Le Congo a besoin de financement résiduel de l’ordre de 1.053 milliards de francs CFA, soit environ 1,7 milliard de dollars américains, qui se dégagerait après cet effort d’ajustement. Ce besoin de financement, pour 2017-2020, devrait être couvert pour éviter un ajustement trop brutal et s’assurer que les dépenses prioritaires d’investissement et celles des secteurs sociaux comme la santé, l’éducation, les filets sociaux, etc. seront couvertes de manière adéquate. La couverture de ce besoin par des financements adéquats devra également permettre de repayer les arriérés extérieurs et en partie les arriérés intérieurs. La finalisation d’un échéancier de remboursement des arriérés intérieurs et un remboursement partiel en 2017 seraient un signal positif fort aux investisseurs.
Ce besoin de financement ne comprend cependant pas les besoins de recapitalisation des banques publiques qui devront être évalués en consultation avec les organisations régionales de supervision bancaire. Les difficultés financières qui perdurent au niveau de plusieurs entités publiques (compagnies aériennes publiques, compagnies ferroviaires, fonds de sécurité sociale, etc.) représentent des sources supplémentaires de risques budgétaires. La mission du FMI va réaffirmer aux autorités congolaises les engagements pris par Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds, auprès des chefs d’Etat à Yaoundé. A cette occasion, elle avait réitéré que la mission de son organisation consiste à promouvoir la stabilité et la croissance économiques dans le monde. C’est ainsi que la disponibilité des services du FMI à appuyer le Gouvernement est à sa portée dans la mise en œuvre d’un programme de rétablissement des équilibres extérieurs de la région, tout en promouvant les dépenses sociales et l’investissement public.
Au regard de la situation économique dégradée du Congo, l’assistance du FM s’avère obligatoire, pour éviter des jours encore plus difficiles aux Congolais.

Philippe BANZ

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