Le Premier ministre Clément Mouamba à la presse : «Nous avons besoin du FMI pour sortir le pays de la situation actuelle»

Clément Mouamba

Clément Mouamba, Premier ministre, chef du Gouvernement, a animé une conférence de presse mardi 10 octobre

Du 25 septembre au 4 octobre 2017, une mission du FMI (Fonds monétaire international) a séjourné à Brazzaville, pour ouvrir avec le Congo des négociations bilatérales et conclure un programme, dans le cadre de l’assistance financière que cette institution internationale doit apporter au pays pour juguler la situation économique et financière difficile qu’il traverse. Pour ce premier round des négociations, aucun engagement n’a été pris, mais les commentaires vont dans tous les sens. On parle même d’un échec, alors que les négociations n’ont pas véritablement débuté.

Afin de couper court aux rumeurs qui commençaient à gagner l’opinion nationale, Clément Mouamba, Premier ministre, chef du Gouvernement, a animé une conférence de presse mardi 10 octobre au ministère des Affaires étrangères, de la Coopération et des Congolais de l’étranger, pour apporter plus d’éclairage sur ces négociations, la dette publique et les réformes qu’il entend amorcer.

Cette conférence de presse, la deuxième du genre depuis sa nomination, a permis au Premier ministre d’aborder même les questions qui fâchent, notamment le compte des générations futures et la supposée dette dissimulée par le Congo.

D’entrée de jeu, Clément Mouamba a dégagé l’intérêt de ces négociations avec le FMI. Pour lui, si cette institution est venue, c’est parce que le pays est en difficulté de balance de paiement. «Sa présence est quelque chose de normal. Le Congo ne peut pas seul retrouver ses équilibres macro-économiques. Nous avons besoin du FMI pour sortir le pays de la situation actuelle. L’appui du Fonds permettra d’apporter la confiance aux investisseurs», a-t-il fait valoir.

Comme pour rassurer l’opinion nationale, le Premier ministre n’y est pas allé par quatre chemins. «La mission du FMI a eu toutes les informations qu’elle désirait obtenir. Elle a eu des informations qui lui ont permis de comprendre la situation du Congo. Cette délégation est venue faire un diagnostic. A partir de ce diagnostic, elle pourra chercher à établir les thérapies adaptées au contexte congolais. Nous sommes au début d’un processus qui va se déclencher par une vraie négociation», a-t-il affirmé.

Face à la crise, Clément Mouamba, très confiant, a pensé qu’il y a urgence à signer avec le FMI. «Nous attendons que la délégation revienne pour discuter du programme que le Congo a mis en place. C’est notre programme, et le FMI est dans l’obligation institutionnelle de soutenir les Etats qui sont en situation de déficit macro-économique», a expliqué le Premier ministre qui a fait savoir qu’il y aura forcément des contraintes à cela. Des contraintes «malheureusement» douloureuses.

Mais, le chef du Gouvernement a cherché à apaiser les inquiétudes qui déjà se font entendre dans l’opinion et dans certaines catégories sociales. Pour lui, ces contraintes ne sont autres que celles de faire des choix parfois difficiles, entre plusieurs préoccupations.

Tout en reconnaissant que le pays a des problèmes, le conférencier a néanmoins fait le constat d’un Congo «debout et conscient; qui sait là où il va et pourquoi il a besoin du FMI».
Comme dans tout sauvetage, il y a un prix à payer. Mais Clément Mouamba n’a pas voulu faire sonner le glas, lorsqu’il s’agit de reconnaître si oui ou non, il y aura diminution des salaires ou compression d’effectifs dans la Fonction publique. «Le FMI va regarder la taille des dépenses courantes dont les salaires, par exemple. Déjà, le coût salarial par rapport aux autres dépenses est élevé. Qu’est-ce qu’il faut faire?», s’est-il interrogé.

Clément Mouamba, Premier ministre, chef du Gouvernement, a animé une conférence de presse mardi 10 octobre

«Ça fait partie de l’enjeu des discussions. Nous leur avions signifié que ce n’est pas là-bas qu’il faut toucher, parce que nous avions également besoin de la demande solvable, des gens qui consomment. Il leur faut quelques revenus. On n’arrivera là que lorsqu’on aura épuisé toutes les possibilités de redonner un peu de gaieté à notre économie», a-t-il indiqué.
Tout en se disant soucieux de préserver la paix sociale, le chef du Gouvernement n’a pas hésité de brandir la menace de couper les salaires aux agents récalcitrants repérés lors du recensement physique des agents de l’Etat. «Instructions avaient été données aux ministres de la Fonction publique et des finances de réajuster les choses et couper les salaires à ceux qui ont des situations ambiguës. Des salaires qu’on ne peut pas justifier!», a-t-il affirmé.

Parmi les recommandations du FMI, il y a l’exigence faite au Gouvernement de prioriser les dépenses, afin d’éviter l’accumulation des arriérés.
Quant aux grèves observées dans le secteur de la santé et de l’éducation, notamment à l’Université Marien Ngouabi, le Premier ministre a appelé au patriotisme. «On ne peut pas être heureux de savoir qu’il y a des arriérés des retraités, des étudiants et autres travailleurs. L’Etat doit assurer ces dépenses, mais si elles ne le sont pas, c’est parce que la pompe à finance ne refoule que peu d’argent. Nos recettes en douane ont baissé. Le niveau de nos recettes est faible, à cause de la morosité économique et qu’il faut donner du souffle», a-t-il expliqué.
S’agissant de la dette du Congo, estimée à 5329 milliards F. CFA, soit 110% du PIB (Produit intérieur brut), le Premier ministre s’est montré optimiste quant à la relance de l’économie congolaise. D’ailleurs, il a préconisé de recourir aux ressources de proximité pour maximiser les recettes hors- pétrole. «Des niches de ressources existent dans les secteurs comme la forêt, le foncier, le domanial, etc.», a-t-il précisé, avec la ferme conviction de faire du pétrole une ressource d’appoint.

Pour lui, le FMI devrait aider le Congo à améliorer le niveau de ses recettes et à maîtriser ses dépenses publiques, tout en évitant de contracter d’autres dettes. Déjà, sur celle existante, Clément Mouamba a fait remarquer que le Congo n’avait jamais caché sa dette. Il doit 1242 milliards de F. CFA aux traders qui récupèrent directement leur argent à la source. «C’est ce qui explique que la liquidité ne tombe plus dans les délais, depuis un certain temps. Nous n’avions rien à cacher et rien n’était caché. La dette du Congo vers ses partenaires bilatéraux est de 2201 milliards de F. CFA, dont près de 1400 milliards envers la Chine», a-t-il souligné.

Curieux était d’entendre le Premier ministre parler de la situation de la CRF (Caisse de retraite des fonctionnaires) et de la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale). Selon lui, si ces deux structures connaissent des difficultés, c’est parce que ce n’était pas de l’argent réel qu’on y reversait, mais de simples écritures. «Pendant qu’on avait de l’embellie financière, on avait baissé la vigilance. Les retraits étaient faits sur les bulletins et n’étaient pas reversés au niveau de ces deux structures. D’où la situation que nous vivons aujourd’hui», a-t-il signifié.

Interrogé sur le compte des générations futures placé à la Banque centrale, le Premier ministre a reconnu l’existence de ce compte. «C’était une bonne idée. Le compte était abondant. Les écritures existent», a-t-il déclaré, avant de répondre à la question sur la corruption qui gangrène la société congolaise, jusqu’à s’ériger en mode de gestion. «L’Etat tout seul ne peut pas régler cette question. C’est un phénomène qui est là, c’est le monde de l’invisible. Et, pour le combattre, les textes ne suffisent pas, il faut des actes. Si nous voulons attirer des bons partenaires, nous devons faire des efforts pour que le niveau de corruption ne soit pas de nature à perturber la volonté de ceux qui veulent investir», a martelé Clément Mouamba, qui a également évoqué la situation des entreprises d’Etat, notamment la SNPC (Société nationale des pétroles du Congo), la SNDE (Société nationale de distribution d’eau) et la SNE (Société nationale d’électricité) dont il a envisagé d’ouvrir le capital au privé.

A la question de savoir ce qu’il en était de l’argent prêté par le Congo à des pays tiers ou à des institutions, le conférencier a indiqué que cet argent était en train d’être remboursé par tous ces pays frères – «sauf un seul!» – a-t-il affirmé, sans entrer dans les détails. Mais il a loué l’esprit de solidarité qui a toujours caractérisé tous les gouvernements du Congo de tout temps : «Le pays est prêt à recommencer un jour, s’il avait des moyens», a-t-il affirmé.

Cyr Armel
YABBAT-NGO


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