Le Ministre Moungalla: «La nouvelle République sera celle de la modernité et de la responsabilité»

Le Ministre Moungalla: «La nouvelle République sera celle de la modernité et de la responsabilité»

Thierry Lézin Moungalla

Le Ministre Moungalla

Membre du gouvernement de la République, le débat actuel sur le changement ou non de la Constitution a interpellé Thierry Moungalla. Dans un entretien exclusif avec Les Dépêches de Brazzaville, il jette un regard sur les évènements survenus au Burkina Faso, dégage l’intérêt de la réforme des institutions de la République qui, elle-même, reste tributaire du changement de la Constitution. 

Les Dépêches de Brazzaville : Monsieur le ministre, après les événements du Burkina Faso, où le président a démissionné suite à la pression de la rue, le débat sur le changement de la Constitution revient avec insistance au Congo. Quel est votre point de vue sur la situation?

Thierry Lézin Moungalla : Je voudrais rassurer les Congolaises et les Congolais : en effet, il y a une espèce de bruit de rue qui veut faire du Congo, demain, un Burkina Faso en puissance. Je voudrais ici d’abord rappeler que l’histoire de notre pays n’est pas celle du Burkina Faso. Notre pays a connu sa propre histoire, faite de moments tragiques et de bons moments. Je crois qu’aucun Congolais aujourd’hui, à l’esprit responsable, ne souhaiterait que nous retombions, par rapport à des questions purement politiciennes, dans les violences ou dans les tragédies que nous avons connues.

Une partie de la classe politique prône l’alternance. Comment appréciez-vous ces aspirations ?

TLM : Aujourd’hui chaque Congolais aspire à la paix et à l’émergence de notre pays, tel qu’elles sont mises en œuvre par le Président de la République et son Gouvernement. Par contre, nous allons nous heurter dans quelques années à une réalité : personne ne restera éternellement aux affaires et personne n’est condamné à être en permanence dans l’opposition. Il est évident qu’une démocratie, c’est la possibilité pour les équipes d’alterner. Malheureusement, la Constitution actuelle, dans sa forme et dans son fonctionnement, ne peut permettre une pure et parfaite alternance demain. Imaginons que l’alternance comme on le dit, la « petite alternance » comme je l’appelle, intervienne avec  l’élection d’un Président de la République qui ne soit pas de la majorité actuelle. En 2016, il va se passer que ce Président n’aurait pas les moyens politiques et institutionnels pour gouverner, puisqu’il n’aurait pas de majorité à l’Assemblée ni au Sénat. Aujourd’hui l’opposition, c’est 11 ou 12 députés sur 139 et c’est 5 ou 6 sénateurs sur 66. Cela veut dire que le Président élu ne disposerait pas de moyens ne fut-ce que pour voter un budget qui est quand même l’acte constitutif d’un gouvernement.

Que pourrait-il se passer si tel était le cas ?

TLM : Il va se passer que pendant un an, ce Président ne fera rien puisque ne disposant d’aucune capacité institutionnelle pour faire appliquer son programme, alors que les congolais attendront une action à même de résoudre les problèmes du pays. Plus grave pendant un an, les deux pouvoirs vont se regarder en chiens de faïence. En novembre 1992, nous avons vu cela et c’est la rue, donc la violence, qui a réglé le problème.

Quel est finalement le véritable but de la réforme constitutionnelle que vous défendez ?

TLM : Il faut que, selon moi, nous changions la Constitution de manière à permettre à celui qui sera élu en 2016 dispose immédiatement de la possibilité de gérer le pays, c’est-à-dire de disposer du pouvoir d’État et d’un pouvoir législatif qui soit opérationnel. C’est ce que vise la réforme préconisée. C’est un aspect profond, un aspect conjoncturel, parce qu’on sait qu’avec la Constitution actuelle nous allons dans le mur par rapport à l’alternance.

Deuxième aspect : si on parle d’émergence, il faut qu’on l’accompagne de l’émergence d’une nouvelle classe politique. Quels sont les enjeux de demain ? Plus le pays va se moderniser, plus il va avoir une diversité d’activités économiques, plus les Congolais vont demander de contrôler l’action des élus. Or, aujourd’hui, les acteurs politiques, notamment les acteurs de l’État, hormis le Président de la République qui rend compte au peuple, ne rendent compte à personne. Il faut donc donner la possibilité aux élus du peuple de contrôler et de sanctionner l’action du Gouvernement. Il faut, par ailleurs, donner à l’exécutif la possibilité d’être bicéphale. Le Président fixe le cap, mais pour le règlement des problèmes quotidiens, il faut un Premier ministre, qui soit soumis au contrôle d’une Assemblée et d’un Sénat véritablement responsables.

Est-ce que l’émergence d’une nouvelle classe politique peut compter parmi les innovations  de la réforme envisagée ?

TLM : Aujourd’hui, nous avons fait un constat : La classe politique congolaise est sclérosée et vieille. Il faut donc donner la possibilité à des nouvelles couches d’entrer dans le champ politique. Des pays comme le Rwanda ont réglé le problème car leur Constitution dit que la moitié des élus doit être composée de femmes. Elles sont un vecteur de rénovation de la vie politique car elles n’ont pas la même approche sectaire que les hommes. D’autre part, il faut permettre à la jeunesse de se retrouver dans la vie politique. Nos anciens, les notables, méritent d’être pris en compte dans le champ politique. J’imagine demain la possibilité de disposer pour eux d’une structure qui leur permettra de s’exprimer sur les grandes options du pays.

La diaspora congolaise s’active de plus en plus dans les débats politiques et la gestion du pays. Dans la perspective d’une réforme constitutionnelle, comment faire pour les prendre en compte?

TLM : Il serait souhaitable que les Congolais de l’étranger aient leur place dans le champ publique, en votant les élus nationaux, et en ayant eux-mêmes, comme dans d’autres pays, des élus au niveau des deux chambres parlementaires.  J’ajoute à cela une dernière chose : la décentralisation renforcée avec un transfert effectif des ressources parce qu’aujourd’hui l’arrière-pays ne vit qu’à travers un processus de municipalisation accélérée, acte politique discrétionnaire du  Président Denis Sassou N’Guesso. Si demain un Président élu décide que la municipalisation n’est pas son souci majeur, nous risquerons de constater l’arrêt de projets locaux de développement. Voilà quelques idées qui justifient, selon moi, le changement de la Constitution.

Il y a des voix qui disent oui au changement de la Constitution mais pas avec l’actuel Président de la République. Quel est votre  commentaire à ce propos ?

TLM : Ces Congolais-là sont essentiellement des acteurs politiques. Pas le peuple. Parce qu’il n’y a pas un sondage aujourd’hui qui permet de dire que le peuple a tranché dans un sens ou dans un autre. Le véritable sondage sera l’expression du peuple par le référendum. De mon point de vue, il est bien audacieux pour certains de considérer d’avance que le peuple veut ou ne veut pas ceci ou cela. Je ne sais pas sur quel critère on dit aujourd’hui que le peuple profond voudrait que le Président de la République s’en aille. Le débat constitutionnel ne concerne pas un homme, mais l’avenir du pays. Il concerne la réussite de cette émergence économique, et la possibilité de faire naître une nouvelle classe politique adossée à des institutions qui soient celles du 21ème siècle. La nouvelle République sera celle de la modernité et de la responsabilité.  

Propos recueillis par Quentin Loubou

 


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