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Kinshasa : la vie cruelle de «Petit Leader»

Kinshasa : la vie cruelle de «Petit Leader»
Kinshasa : la vie cruelle de «Petit Leader»

A Kinshasa, la rue leur appartient. Chaque jour, dans la capitale congolaise, grouillent des enfants désœuvrés. Zoom sur ces bambins surnommés «schégué», «kuluna» ou encore «phaseurs».

Kinshasa 14h30, sous la chaleur de juillet. A la recherche  d’un moyen de transport vers un hôtel. Toujours des liesses populaires dans ce pays d’Afrique centrale. Evidemment, rien d’étonnant dans cette ambiance carnavalesque au cœur du quartier de Matonge.

Sous le rythme rumba, une voix limpide est attirante. Elle est d’un enfant d’une dizaine d’années, à la technique et à la nuance d’un chanteur aguerri. Cet enfant se trouve au milieu d’autres. Tous semblent être frappés par ce spectacle assuré par une demi-douzaine d’enfants. Le spectacle est dirigé par le plus petit, – mais non moins talentueux d’entre eux. A l’aide de bâtons, de bouteilles de bière vides et micros factices, le groupe réussit à installer un silence de cathédrale dans les artères de cette ville habituellement si bruyante.

Il s’appelle «Petit leader». Et il s’empresse d’indiquer un spectateur à côté de lui. S’en suit une vingtaine de minutes à revisiter les classiques de la musique congolaise allant de King Kester Emeneya à Ferre Gola. La séance est dirigée par le jeune garçon, qui cristallise les esprits. Où vit-il? Où a-t-il appris à chanter? Où vivent ses parents?  Quelques jours plus tard, il répondait, bien après avoir pris rendez-vous avec lui. En effet, il est bien difficile de garder contact avec un enfant qui vit dans la rue. Et surtout s’il n’a aucune notion du temps. Donc, après de longues recherches dans les coins et recoins de la ville province on le retrouver. Sa taille, c’est 1mètre 50. Il a abandonné ses habits de lumière arborés lors de son «concert» à victoire pour se vêtir de manière plus habituelle pour un enfant de la rue. Des vêtements troués, avec des couleurs que même la radioscopie aurait du mal à définir.

Espoir dit «Petit leader » conte donc sa vie. Du haut de ses 12 ans, il pourrait bien la décrire dans un livre autobiographique à plusieurs tomes. Invectivé quotidiennement et arbitrairement par son père qui l’accuse de tous les maux, il se retrouve chassé par ce dernier. Il finit par devenir un schégué. Un schégué en RD Congo, c’est un enfant qui erre dans les rues de Kinshasa, livré lui-même. Et parfois, il est coupable des pires méfaits.

La majorité de ces enfants ne sont que de simples filles ou garçons qui sont renvoyés du domicile familial. La paupérisation entraine bon nombre de familles à chercher une alternative à leurs problèmes. Les églises dites « de réveil » occupent une grande place dans cette chaine de pauvreté. Les pasteurs de ces mouvements pentecôtistes qui ne sont la plupart du temps que des charlatans en soutane, n’hésitent pas non seulement à appauvrir via les « mabonza » (quêtes) une population vivant, selon le PNUD pour 71% d’entre elles avec moins de 1 dollar par jour. Mais les géniteurs accusent souvent leur progéniture de sorcellerie, des arguments souvent dénués de sens. Les parents, croyants, fidèles n’ont dès lors plus le choix, après des séances de «délivrance» souvent infructueuses, il ne leur reste plus qu’à abandonner leurs progénitures frappé par «un mal incurable».

Le schégué, c’est aussi cet enfant victime collatéral du divorce de ses parents où de la disparition de la mère biologique. Cette dernière est souvent remplacée par une marâtre qui, à l’instar d’un comte de Grimm, n’aurait que pour seul objectif de faire vivre l’enfer à l’orphelin de mère. Quitte à en faire un vagabond. C’est simplement quelque 25% d’entre eux qui sont orphelins. On pourrait dès lors comprendre la situation de désœuvrement dans un pays sans aucune sécurité sociale ni structure compétente à gérer ces enfants. C’est ainsi que « petit leader» avoue «croiser ses frères et sœurs» dans la rue. Mais lui, l’ainé de la fratrie reste persona-non grata au domicile familial. Il voit être dans l’obligation de chanter pour vivre. D’autres optent pour des solutions plus radicales pour survivre à Kinshasa… Une vie est si cruelle.

Elvis Adidiema
© OEIL D’AFRIQUE

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