home Politique Emilienne Manima, 1ère congolaise ministre : « Les nominations des femmes au niveau de l’appareil étatique reposent sur des intérêts égoïstes…»

Emilienne Manima, 1ère congolaise ministre : « Les nominations des femmes au niveau de l’appareil étatique reposent sur des intérêts égoïstes…»

Tout commence vers la fin des années cinquante jusqu’en 1974 où les gouvernements du Congo Brazzaville qui se sont succédé, n’étaient exclusivement constitués que des hommes. A cette époque où les droits et les libertés fondamentaux des femmes ont été réduits, l’entrée de la femme au gouvernement a été ainsi une véritable question pendante. Ainsi, en répondant favorablement aux recommandations formulées par les Nations Unies notamment sur la prise en compte de la femme dans la constitution des futures équipes gouvernementales des pays de la sous-région, que le Président Marien Ngouabi avait, en 1975 élevé Emilienne Manima au Poste de ministre des Affaires Sociales.

Deuxième sage-femme et première femme congolaise à faire son entrée au gouvernement, Emilienne Manima, 70 ans, a accepté de répondre aux questions d’Oeildafrique.  

 Oeildafrique : Madame le ministre, Votre nom ne cesse de faire écho à travers l’histoire politique congolaise des années soixante-dix. Alors qui est finalement Emilienne Manima ?

   Emilienne MANIMA : Je suis une fille congolaise et deuxième sage-femme congolaise. Si j’ai été nommée ministre, c’est parce que nous étions dans une organisation des femmes au moment du parti unique.

   En quelle année avez-vous fait votre entrée au gouvernement ? Et dans quelle circonstance ?

   Je suis entrée au gouvernement en 1975. C’est l’ONU en somme qui avait demandé aux différents gouvernements africains de nommer des femmes au sein de leurs équipes gouvernementales respectives. C’est à partir de là que le Président Marien Ngouabi a vu notre organisation pour qu’on lui désigne une femme devant occuper les fonctions de ministre. Cette nomination intervient à la suite de l’année internationale de la femme.

Des observateurs la scène politique congolaise estiment que vous êtes, avec Marie Maboma, Céline Ekomband, Aimée Gnaly Mambou, Jeanne Dambendzet, Philomène Fouty Soungou, Marie Thérèse Avemeka, parmi les femmes qui ont permis l’émergence de la femme congolaise sur le terrain politique.  Qu’en pensez-vous ?

Avant ça, il y a eu des femmes congolaises qui ont lutté sur le terrain politique. A ce sujet, nous pouvons citer Badiangana Alice qui, pendant cette période, avait fait la prison pour avoir lutté au sein du parti progressiste.

Comment a été perçue au niveau de la sous-région votre nomination en tant que ministre à une époque où l’entrée de la femme au gouvernement était un mythe ?

 C’est peut-être au niveau des pays de la sous-région qu’il faut poser cette question. Moi personnellement je ne suis pas en somme d’apprécier.

   Que pensez-vous de l’entrée massive des femmes au sein de cette équipe gouvernementale de la Nouvelle République ?

   Ce n’est que normal. C’est même peu parce que nous en avons des femmes cadres, des femmes actuellement au Congo !

   Que répondez-vous aux jeunes filles ainsi qu’aux jeunes femmes qui veulent s’engager sur le terrain politique et qui veulent aussi se servir de vous comme modèle ?

   C’est plutôt aux hommes qu’il faut poser cette question parce que ce sont eux qui dirigent des partis politiques. Au niveau des partis politiques, ils doivent aussi positionner des femmes pendant des élections législatives, sénatoriales et locales. Les femmes veulent aussi faire la politique. La femme congolaise est très avancée sur le plan politique.

   En se référant à la désignation de Catherine Samba Panza comme Présidente de la Transition de la RCA, de celle de Fatou Bentsoda au poste de Procureure Générale de la CPI et de l’investiture d’Hillary Clinton comme candidate des Démocrates à l’élection présidentielle des USA en 2016, peut – on dire que la notion de la parité n’est plus un simple slogan ?

   Moi je ne crois pas à cette parité. Toutes ces désignations n’ont pas tenu compte de la parité en ce sens que ceux qui les ont désignées ont voulu tout justement savoir qui étaient à la hauteur d’assumer ces responsabilités. Pour la candidate des Démocrates Hilary Clinton par exemple, avant qu’elle ne soit positionnée par son parti comme candidate, elle avait déjà émis le vœu de briguer la magistrature suprême.  C’est à la suite de cela que sa candidature a été appuyée par les camarades de son parti mais pas par rapport à la parité. Tout le monde ne revient pas au genre.

Quel rôle doit jouer la femme dans la politique ?

Au niveau des partis politiques, les leaders doivent tenir compte des femmes pas en tant que femme mais plutôt en tant qu’individu apte à assumer les hautes fonctions de la République. Malheureusement, des gens font trop de calculs dans les désignations des femmes aux différentes élections. Si nous prenons l’exemple de certains pays africains, nous pouvons dire que les désignations des femmes aux différentes élections et aussi à certaines nominations au niveau de l’appareil étatique ne se reposent pas sur la base de la parité mais elles se reposent plutôt sur des intérêts égoïstes et ambitieux.

Propos recueillis par Celmond KOUMBA.

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