Économie domestique : quand la popote préoccupe les foyers…

Économie domestique : quand la popote préoccupe les foyers…

La popote est un élément clé dans le fonctionnement des foyers ou des familles. Si pour certaines familles, les revenus riment avec l’ensemble des besoins, d’autres peinent à s’accorder sur la gestion quotidienne, ou mensuelle, de l’argent. Tout l’art, pour les uns et les autres, consiste à pouvoir concilier les recettes financières et les besoins généraux du foyer ou de la famille.  En effet, la popote, selon qu’elle est bien organisée, bien tenue ou négligée, est un gage de quiétude. Questions : existe t-il des formules pour réussir sur ce plan ? Un bon salaire est-il une garantie pour éviter d’échouer dans l’organisation de sa popote ? Enquête

Du sens et du poids des mots à la pratique quotidienne

Le mot « popote » est bien connu des Congolais qui l’utilisent presque au quotidien. « Il s’agit de l’argent que mon mari me remet chaque fin du mois pour aller au marché m’approvisionner et garantir le repas de la famille jour après jour », déclare Sylvie, 30 ans et mère de trois enfants. Vu sous cet angle, la popote ne manquera pas de soulever d’autres problèmes. Tenez ! Où peut-on puiser de l’argent s’il arrivait un cas imprévu au sein de la famille : maladie, accident, etc. ? « On va s’endetter ! », répond Henoc, un fonctionnaire à la quarantaine bien sonnée. Une décision qui n’est pas sans conséquence pour l’équilibre du foyer. Bien plus, dans cette approche de la popote par les Congolais, il est fait abstraction d’autres charges tout aussi évidentes que régulières : les factures d’eau et d’électricité, les frais scolaires des enfants (surtout pour ceux qui ont  opté pour les établissements privés), les déplacements, etc.

Que dit le dictionnaire au sujet de la popote ? Il s’agit au départ d’un terme familier qui désigne la cuisine et la nourriture simple qu’on prépare. D’où l’expression connue, faire sa popote quotidienne. Chez les militaires, et même dans le parler courant, la popote désigne un groupe de personnes qui prennent leurs repas autour de la même table. Ainsi définie, les Congolais n’ont pas tort de considérer que la popote revient à régler les problèmes alimentaires de la famille. Les autres situations viennent après.

Quel montant allouer à une popote confortable ?

La question ne vaut vraiment pas la peine d’être posée, car les réponses varient en fonction des individus, du poids de la famille, des habitudes alimentaires de chaque foyer, de la situation du marché et, bien évidemment, du revenu mensuel du mari, ou du couple dans le cas où les deux époux sont salariés et s’accordent pour assumer les charges conjointement. Pourtant, sans voir ces aspects clés, il est des Congolais qui ont leur manière de faire des calculs, à l’instar de Brice, un officier de police : « J’ai cinq gosses. Aujourd’hui, pour vivre bien à Brazzaville, il me faut prévoir quotidiennement 3 000 à 3 500 FCFA pour le marché. Faites la somme sur les trente jours que compte le mois, vous avez le résultat. » Vite dit, vite fait, 90 000 sinon 100 000 FCFA tous les trente jours ! Et notre chef de famille d’ajouter : « Après avoir bouclé ce chapitre, j’attaque les autres : l’école des enfants, l’électricité, l’eau, le gaz, les déplacements et les petits déjeuners… » La liste des besoins à couvrir est longue et incomplète.  Elle traduit à elle seule le poids du problème posé. 

Plus pratique, et plus conséquente, c’est Primaëlle, une employée d’entreprise : « Être maîtresse de la maison ne veut pas dire gouverner son mari. C’est plutôt être capable de bien gérer son foyer. Chaque fin de mois, la femme doit établir ce qu’on appelle le budget. » La dame avoue ne pas avoir un profil de gestionnaire même si elle déclare avoir fait des études d’agronomie. Sa  définition du concept de budget n’en demeure pas moins profonde : « Le budget représente la conversion des activités, ressources et services en valeur monétaire, dit-elle avant d’ajouter : La femme doit établir les besoins de tout le mois. Que ça soit la popote, la maison, l’habillement, la santé… »

Le sujet qui fâche

« Ce n’est pas le montant de la popote qui nous dérange. Le problème est ailleurs », explique Maguy, 50 ans, divorcée et mère de six enfants. « Mon mari ne m’a jamais dit combien il gagnait. Sur quelle base devais-je alors accepter la somme d’argent qu’il me remettait ? » En effet, éviter la question de la popote c’est pousser à lever le voile sur ce que beaucoup d’hommes considèrent comme leur jardin secret : le montant exact du salaire, ou des revenus en général, qui constitue souvent une arme de maintien de l’ordre. Petit, gros ou moyen, le salaire est géré avec mythe chez les Congolais qui résistent – et les raisons sont nombreuses – à le dévoiler à leurs épouses. Même quand ils sont régulièrement mariés et ont des enfants, peu nombreux sont les hommes qui sacrifient à ce devoir d’informer et à ce droit de l’autre à l’information sur le salaire. Ce qui est vrai pour les hommes l’est aussi pour les femmes. « C’est une honte pour un homme de s’interroger sur le salaire de sa femme ! », dit, non sans sourire, Rosine, 46 ans, agent des douanes. À ce propos, homme comme femme, chacun y va de son commentaire. Sur fond de principes hérités des traditions, tous les arguments sont bons pour dresser un mur autour du revenu de la femme. Malheur souvent à ceux qui brandissent les arguments modernes sur l’égalité des sexes ou la promotion du genre, car c’est le seul sujet sur lesquels les femmes sont intransigeantes. Elles n’hésitent pas à « coller » aux hommes trop regardants des noms comme « Mario » ou « Décothey », deux personnages d’une célèbre chanson congolaise et de la série ivoirienne Ma famille.

Popote ou « économie domestique » ?

Comme on peut le comprendre, la gestion du quotidien, chez les Congolais, n’obéit pas aux canons des Occidentaux assis, eux, sur la planification, l’orthodoxie ou la prévision. Certes, la pratique a cours dans certains foyers, mais en règle générale, la vie se gère au gré des circonstances. Nul besoin de présenter ici la sociologie de la famille congolaise pour mieux cerner son influence sur la gestion de la popote. Pourtant, c’est l’ossature même du ménage, sa composition, son histoire qui décident du reste. C’est quoi alors le ménage ? Réponse de Lisette, fonctionnaire et mère de deux enfants : « C’est un couple de personnes vivant ensemble une union intime et durable. Il est composé du mari, de la femme, des enfants et, parfois des parents. » De l’avis de certaines femmes interrogées, c’est justement ce dernier groupe qui « pèse » dans la balance et « fausse les prévisions » des ménages. 

Quoi qu’il en soit, la donne actuelle invite les Congolais à revoir leurs modes de vie et à considérer la popote comme un enjeu crucial de l’économie domestique et de l’équilibre du foyer. Le succès de la famille passe par l’intériorisation de ce concept. Quelle que soit la manière de tourner ou de retourner ce concept, l’exigence sera la même pour les familles : s’adapter aux réalités de la vie matérielle, dictée elle-même par l’argent et les impératifs de la société de consommation. Peut-être le temps est-il aussi arrivé pour les pouvoirs publics de créer les conditions d’une éclosion véritable de l’économie domestique. Combien sont-ils, ces Congolais qui assurent leurs biens et s’assurent ? Combien sont-ils à savoir et pouvoir épargner ? Le taux de bancarisation dans le pays renseigne suffisamment sur les pratiques.

La question de la popote est d’abord, et en définitive, une question de culture avant d’être une équation matérielle.

Jocelyn-Francis Wabout


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