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Congo : les ménages congolais en détresse

Depuis quelques mois les ménages congolais souffrent d’une hausse de prix des sources d’énergie à usage domestique. Face à la pénurie du gaz butane, aux délestages de courant… plus de 80% des ménages optent pour le bois comme source d’énergie.

À Brazzaville, il n’est pas sans difficulté de se procurer une bonbonne de gaz butane, du bois de chauffe, d’avoir de l’électricité en permanence, pire du charbon de bois, alors que la journée internationale des forêts a été célébrée cette année sur le thème « Les forêts et l’énergie ».

La dépendance vis-à-vis du charbon dans les ménages congolais est le reflet de plusieurs facteurs. L’un d’entre eux est la pauvreté : les formes « modernes » d’énergie – l’électricité, les bouteilles de gaz, ne sont toujours pas à la portée de tous. Le manque de règlementation de ce secteur pose d’énormes problèmes tant dans l’offre que dans la demande. Même si certaines ONG œuvrent en faveur de la préservation des forêts, il reste encore fort à faire. Il est difficile de faire respecter les lois établies aux coupeurs illégaux d’arbres qui alimentent des circuits mafieux. L’heure est donc aux alternatives.

En vue des solutions palliatives, certaines questions ne sont pas à négliger. Diminuer la demande par une promotion des énergies de substitution GPL (Gaz et pétroles liquéfiers) en particulier, demeure la principale recommandation. Mais l’approvisionnement en GPL demeure un casse-tête pour l’ensemble de la population. Hormis les pénuries, le prix du gaz butane ne cesse de grimper, sans compter le temps à disposer pour se procurer une bonbonne de gaz. Ce qui laisse de plus en plus indifférents les consommateurs, pourtant friands de cette source d’énergie. Ainsi, les populations se sentent obligées de se tourner vers d’autres alternatives comme le pétrole lampant ou encore le charbon, le cas de Brazzaville. Dans les zones rurales la problématique est toute autre. Celle de la déforestation en faveur de la consommation d’énergie domestique par manque d’alternative concluante.

Une hausse spectaculaire

Alors que le potentiel ligneux commercial est estimé à 170 millions de m3, seulement 1,5 million de m3 est produit, tandis que l’on peut fournir 2 millions de m3 de bois chaque année sans compromettre la durabilité de la forêt congolaise. Qu’est ce qui justifie dans ce cas la flambée des prix ? La question reste posée.

Encore victime il y a peu, le charbon devient l’une des matières premières les plus plébiscitées du moment. Après une période de déclin, son prix connaît une hausse exceptionnelle depuis quelques mois au Congo. Il est difficile de trouver du bois de chauffe à 100 Fcfa comme dans les années 90. Aujourd’hui le paquet revient à 350 Fcfa et plus. Pour ce qu’est du charbon, le sac qui dans la même période coûtait 1800 – 2000 Fcfa est vendu actuellement à 7000 voire 10000 Fcfa, selon la quantité. Cette hausse ne rend pas facile la vie des Congolais qui se sentent déjà mal aise à cause du niveau de vie qui ne cesse de croître et du budget des ménages toujours insuffisant pour arrondir les deux bouts. Un changement de mauvais augure pour la transition énergétique, même si presque aucune avancée n’a été enregistrée ces dernières décennies, sans grande surprise.

Cette tendance s’explique du fait des mesures de contrôle renforcé et de l’interdiction formelle de couper illégalement le bois pour ralentir le déboisement afin de lutter contre le changement climatique. L’insécurité qui a prévalu dans le département du Pool ces derniers mois, en est également l’une des causes. Le Pool étant le principal grenier de la ville capital en matière de charbon et de bois de chauffe, en raison de sa proximité.

Pour limiter les dégâts du déboisement sur l’environnement, de nombreux programmes forestiers ont été mis en œuvre. Les programmes de diffusion de foyers améliorés n’ont pas atteint les objectifs sans doute trop ambitieux qu’ils s’étaient fixés. Les motivations des ménagères ne sont pas dictées par le seul impératif de l’économie. D’autres facteurs entrent en ligne de compte.

Même s’il existe un contrôle du trafic routier à l’entrée des villes, la taxation différentielle selon la provenance, ces mesures ne freinent pas le trafic illégal du bois, qui alimente le marché Brazzavillois. Ce constat est triste au regard du tableau actuel de la réserve de Kintélé colonisée par des habitations. Un triste sort est également réservé à celle située à 45 km de Brazzaville si l’on y prend garde.

Des alternatives à préconiser

La forêt nationale perd chaque année 17.000 hectares du fait des défrichements dus à l’agriculture sur brûlis, la récolte du bois de chauffe, la production du charbon de bois, l’ouverture des routes, l’exploitation minière et les incendies de forêts. Il est donc opportun de préconiser d’autres alternatives à l’instar de la biomasse, du gaz butane, des plaques électriques, réchauds … Des mesures incitatives déjà à l’usage dans certains ménages, dictées par une politique volontariste.

Le charbon de bois et la déforestation ont bien un lien direct. C’est donc une situation « perdant-perdant » : les forêts disparaissent, les sols se détériorent, l’érosion emporte la terre cultivable, donc les pauvres paysans qui les exploitent s’appauvrissent encore un peu plus. Et pendant ce temps-là, le niveau de CO2 augmente doublement par la perte de la couverture forestière et par la combustion du charbon contribuant quotidiennement au réchauffement climatique.

 

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