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Congo : les jeunes de plus en plus impliqués dans les violences sexuelles

À Madibou, dans le 8ème arrondissement au sud de Brazzaville, les agressions sexuelles ce n’est pas seulement une histoire d’adultes dépravés. Les jeunes sont dans toutes les statistiques. Ils sont à la fois auteurs et victimes des abus sexuels. 

Le marché de Madibou n’est pas calme ce mardi. La scène de viol d’une fille de 12 ans la veille par un adolescent d’environ 16 ans alimente encore les conversations et ranime la colère chez les passants fraichement informés. Les explications vont bon train. A quelques mètres du marché, se trouve le Centre de santé intégré (CSI) de la localité.

Ce énième cas de viol d’une jeune enfant constitue un acte de plus d’un phénomène qui a tendance à être attribué à des adolescents, lance le Dr Colleht Anne, médecin responsable du service violences de l’arrondissement.

« Nous enregistrons beaucoup de cas de violences sexuelles. Mais très peu chez les adultes et beaucoup chez les enfants. Dès le début de cette année nous avons eu quatre cas de jeunes filles de 11 à 13 ans violées par un groupe de jeunes de 18 à 20 ans qui ont été déférés à la Maison d’arrêt », explique le médecin.

Des viols ont également concerné de jeunes filles de 4 ans. « Un scandale ! », s’exclame Anne Colleht qui poursuit avoir enregistré récemment des violences à l’égard de fillettes de 6 à 11 ans violentées par des adolescents de 16 et 17 ans.  A Madibou, des statistiques montrent par ailleurs une tendance à la sodomisation chez les jeunes garçons de 10 et 11 ans, car des cas ont été signalés.

La vague des agressions sexuelles chez les jeunes à Madibou n’est qu’un angle d’un phénomène qui a toujours existé un peu partout, mais qui se révèle au grand format en raison du travail qu’effectuent concomitamment les services de santé et de police. Des cas de viols sont rapidement référés au CSI par la Police et des solutions sont vites envisagées.

Le Chef de quartier 8 de Madibou, Daniel Bikinkita, un agent de santé à la retraite, avoue qu’il s’agit d’une nouvelle forme de délinquance entretenue par l’oisiveté et l’absence de divertissement sains.

Le Dr Colleht Anne partage cet avis. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette tendance, souligne-t-elle. « Je pense qu’il y a manque cruel d’actions récréatives et de distractions saines. Il n’y a pas de mouvement sportif. Qu’est-ce que vous voulez donner à ces enfants-là ? l’unique chose c’est qu’on regarde la télévision et c’est le sexe et la brutalité ».

La pornographie, instigateur en chef des forfaits

La plupart de jeunes auteurs d’agressions sexuelles interrogés ont avoué avoir été manipulés par les films pornographiques. D’autres estiment avoir voulu assouvir une curiosité blanchie par des entretiens avec des adultes immoraux. Si la télévision est la porte d’entrée des images grossières, les téléphones portables constituent mieux le vecteur silencieux où se déroulent les échanges les plus discrètes.

Sage-femme au CSI de Madibou, Marie Thérèse Kivouvou ne nie pas « l’effet drogue » que peut revêtir le cyber-sexisme qui se résume essentiellement au harcèlement en ligne, partage de photos à caractère intime, invitation à des pratiques sexuelles audacieuses. Les jeunes filles sont davantage exposées à cette nouvelle forme de violence qui devient physique pour quelques uns des cas. La sage femme récrimine par ailleurs les accoutrements vestimentaires « trop sexy » et « provocateurs » de jeunes adolescentes.

Toutefois, renchérit le Dr Colleht Anne, la meilleure arme reste l’éducation et des politiques efficaces de lutte contre les violences. L’un des gestes à enseigner aux communautés, c’est la dénonciation des cas au lieu de proposer des arrangements à l’amiable. « Si nous pouvons dénoncer et porter les situations au niveau de la justice, nous pourrions trouver vite des solutions », estime le médecin.

Si les commissariats de police et les gendarmeries constituent un des premiers recours pour les victimes de violences, il est essentiel qu’elles puissent y recevoir un accueil et une orientation adaptés, à l’interface de l’action policière, sociale et judiciaire, conseille le  Dr Colleht Anne.

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