Congo : Les Grands Travaux mis à l’index pour la non sécurisation du viaduc de Kintélé

Le viaduc de Kintélé est dangereusement menacé par l’érosion.

Le viaduc de Kintélé est dangereusement menacé par l’érosion. En dépit des opérations visant à déguerpir les riverains du viaduc accusés d’être à l’origine du phénomène, de nombreux congolais relèvent des malfaçons dans la réalisation de l’ouvrage et accusent les Grands Travaux de ne l’avoir pas suffisamment protégé des intempéries.

Avec la construction du viaduc une réelle expansion démographique a été notée le long de la route menant à Kintélé. Ces occupations seraient anarchiques.

Dans la zone de Ngamakosso, plusieurs têtes d’érosions se sont déjà déclarées, menaçant dangereusement l’accès à la banlieue nord de la capitale ainsi que le viaduc.

Le ministre des Affaires foncières et du domaine public, chargé des relations avec le parlement, Pierre Mabiala, a accordé, le 26 décembre, quatre mois à compter de janvier 2018, aux occupants des emprises de l’ouvrage de les libérer en attendant que le gouvernement ne décide des modalités de leur « déguerpissement ».

« Ce matin, nous avons voulu effectuer une visite domaniale destinée au viaduc, qui est déjà menacé de destruction du fait de l’occupation anarchique de la population, qui y a occupé des parcelles, pourtant une zone non constructible étant sur une montagne sablonneuse présentant un grand versant », a expliqué le ministre Pierre Mabiala.

Même si les eaux de drainage accentuées par l’urbanisation des lieux sont imputables au phénomène, de nombreux observateurs pointent les légèretés des Grands Travaux dans la conception et l’exécution de l’ouvrage.

Et de dénoncer : « On a pas besoin d’être ingénieur pour savoir que lorsqu’on construit une route, on la protège de toutes agressions, à travers le fameux « Code de bonne pratique pour la protection des routes contre les effets de l’eau ».

La présence d’eau au niveau de la route peut causer de nombreux inconvénients et dégâts: trop abondante en surface, elle perturbe la visibilité et la sécurité des usagers et provoque l’érosion des talus. En pénétrant dans la structure routière, elle provoque des dégâts qui, dès qu’ils sont initiés, s’amplifient rapidement.

Ce code de bonne pratique a pour objectif d’aider les concepteurs, maîtres d’ouvrage et entrepreneurs à prendre les dispositions nécessaires pour l’évacuation des eaux de surface et du corps de chaussée lors des phases de conception, d’exécution et d’entretien afin d’assurer la sécurité des usagers et la durabilité de la structure routière ».

Et de convaincre par la preuve : « Sur le tracé du viaduc, nulle structure de collecte des eaux de drainage n’a été initié par les concepteurs de l’ouvrage, dans les règles de l’art.

Les eaux dégagées de la chaussée par des pentes abruptes stagnent au bas des talus, en forme d’entonnoirs, prisonnières d’un défaut de conception.

Là où ils ont posé des canalisations, ceux-ci sont sous-dimensionnés, car on a pas tenu compte des débits potentiels ou réels. Alors, les eaux se fraient un chemin en conduite forcée, charriant sur leur passage tous les matériaux meubles. C’est encore une des bêtises caractéristiques des Grands Travaux. »

D’autres vont plus loin : « le viaduc est adossé au versant du mont Boukiéro. les concepteurs du tracé auraient du tenir compte de la configuration du terrain et anticiper sur les phénomènes. Ils ont eu de l’argent pour la route, ils n’en ont pas eu pour en protéger les accotements. Dans un projet bien ficellé, cela représente 10% du coût global de l’ouvrage. Nous subissons les effets du « travail fractionnaire et c’est condamnable».

Entre-temps, le viaduc demeure exposé aux phénomènes. Le sable drainé par l’érosion et les eaux de ruissellement menace dangereusement cet ouvrage construit à la faveur des Jeux africains 2015 pour désengorger la zone nord de la ville-capitale. 

À certains endroits, les pieux sont déjà enfouis dans le sable qui va bientôt atteindre le niveau de la chaussée. En d’autres les eaux ont emporté tous les matériaux friables et le viaduc court le péril d’être coupé en deux.

Bertrand BOUKAKA

Les Échos du Congo-Brazzaville. 

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