Congo – Harcèlement sexuel à l’école : les jeunes filles de plus en plus victimes au quotidien

Image d’archive| © Vox Congo

Au Congo comme partout ailleurs, la gent féminine est en proie à une multitude de violences. L’une des plus récurrentes du siècle présent reste le harcèlement sexuel en milieu scolaire. Ce phénomène qui sévit depuis longtemps dans les collèges, lycées et même à l’université reste dans l’ombre du silence, malgré le contrecoup qui en découle et qui influe négativement sur le résultat des apprenants.

Le harcèlement sexuel en milieu scolaire se définit communément comme le fait pour un enseignant d’utiliser son autorité en vue d’obtenir des rapports sexuels avec son ou ses élèves. En effet, ce dernier exerce surtout un contrôle important sur les filles à travers les notes de classe et les résultats des examens. Si la vision du gouvernement congolais est de favoriser l’instruction des filles, ces dernières perdent très tôt parfois le goût d’aller à l’école en raison des violences sexuelles dont elles sont victimes de la part de certains de leurs enseignants qui tirent souvent du plaisir à user de leur position pour solliciter une faveur sexuelle aux filles en situation de vulnérabilité.

Le harcèlement sexuel en milieu scolaire se manifeste par des messages, des ordres, des attaques verbales, des gestes obscènes ou encore par des tentatives d’attouchement, des compliments déplacés, des séductions agaçantes et tout ceci de façon répétée. Lorsqu’elles manifestent leur refus, les victimes récoltent souvent de mauvaises notes et sont régulièrement sanctionnées.

Toutefois, le fléau a des conséquences sur la victime et sur ses résultats. D’abord, la jeune fille perd peu à peu la joie d’aller à l’école. D’après les statistiques, beaucoup de filles, pour se libérer de ces enseignants à la libido insatiable, abandonnent très tôt les études. Celles qui résistent pendant longtemps sont parfois obligées de changer d’établissement à la recherche d’un cadre d’études pouvant leur permettre d’être à l’abri de ces prédateurs.

« Un professeur de mathématiques a commencé à me faire des avances. Je les ai repoussées… et il a fini par me coller une mauvaise note au premier devoir », se souvient Christie, qui se dit fière d’avoir « su résister ». Comme d’autres élèves, la jeune femme, aujourd’hui étudiante à l’Université Marien-Ngouabi, n’hésite pas à parler de « harcèlement sexuel » de la part des professeurs qui utiliseraient les notes comme moyen de pression pour obtenir les faveurs de certaines élèves. Une autre étudiante, sous couvert d’anonymat, raconte avoir changé de filière après avoir refusé les avances d’un professeur qui lui a « rendu la vie infernale ».

Manifestations et séquelles sur les victimes…

Le phénomène crée une psychose au niveau des filles qui éprouvent désormais de la peine à étudier convenablement. Les effets psychologiques peuvent inclure l’anxiété, la dépression, les troubles du sommeil, la perte d’appétit, l’incapacité de se concentrer, une estime de soi amoindrie, la perte d’intérêt à l’égard des activités régulières, l’isolement social et les sentiments de tristesse, de peur ou de honte. « Je restais souvent pensive en classe et à la maison, au point où j’avais même perdu l’envie d’apprendre. Ce monsieur m’a marquée. J’ai toujours tressailli en le voyant entrer dans la salle », nous a confié Keren, une ancienne élève d’un collège à Brazzaville.

De l’autre côté, l’enseignant perd sa crédibilité et, du coup, sa matière n’est plus la bienvenue chez les apprenants. « Quel que soit votre âge ou rang, le jour où vous couchez avec votre élève, elle commencera par vous tutoyer. Car, désormais, il n’y aura plus de barrière entre vous », a clarifié un enseignant de français.

Interrogée à ce sujet, Bénédicte, élève en classe de 5e, raconte : « J’ai déjà entendu parler du harcèlement sexuel en milieu scolaire. C’est une pratique qui n’est pas bonne pour les filles car elles perdent 50% de leur chance de poursuivre des études et cela, durant toute leur vie ». Elle a cité l’exemple de l’une de ses camarades collégiennes. Selon Bénédicte, sa copine a connu un cas de harcèlement sexuel avec comme auteur, le directeur de ce collège. Il a commencé avec des avances que la fille a refusées. « Cela a été le début de tous ses problèmes dans cet établissement scolaire. Des rendez-vous sur rendez-vous donnés, des messages par personnes interposées, des enveloppes contenant de l’argent ne cessaient de lui parvenir et tout cela dans le seul but que mon amie succombe à ses avances. Après les travaux dirigés, le soir, il demandait à lui parler et ce, jusque tard pour des raisons toujours futiles. Ne sachant pas comment réagir, elle demanda conseil à ses amies de classe. Quand le directeur a su qu’elle en avait parlé à ses amies de classe, il a commencé à les faire payer. Et la fille a fini par céder », a-t-elle expliqué.

C’est horrible ! Quel type d’éducation prône-t-on désormais dans les établissements scolaires ? En dehors du fait que le harcèlement sexuel soit une violation flagrante des droits de la personne, il crée une psychose au niveau des victimes qui ploient généralement sous la pression et le poids de l’ignorance. 

Alors que les témoignages et les plaintes pour harcèlement, agressions sexuelles et viols ne cessent de pleuvoir dans tous les milieux scolaires et socioprofessionnels, et que la parole continue à se libérer, une nouvelle affaire de ce genre vient une fois de plus noircir un tableau déjà bien sombre. Il s’agit d’un professeur de lycée qui vient d’engrosser une élève mineure de sa classe. Informés, le chef de l’établissement et les parents ont convoqué le professeur qui, malheureusement, aurait pris la fuite. Affaire à suivre…

Dans les cours de l’université, des lycées et collèges, le harcèlement sexuel alimente depuis des décennies la rumeur, sans faire scandale sur la place publique. Le problème est connu et a déjà fait l’objet d’articles dans la presse, dénonçant ces enseignants prédateurs. Au niveau du Congo, que prévoit la loi congolaise au sujet du harcèlement sexuel en milieu scolaire, ou contre toute personne occupant une position hiérarchique ?

Yvette Reine Nzaba

Adiac-Congo

Adiac-Congo

L’Agence d’information d’Afrique Centrale


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