Congo – Débat sur la constitution. Anatole Collinet Makosso:  » Je rétorque »

Congo – Débat sur la constitution. Anatole Collinet Makosso:  » Je rétorque »

Anatole Collinet Makosso

Le ministre de la Jeunesse et de l’éducation civique, Anatole Collinet Makosso

Se disant peiné par le procédé d’une « lettre ouverte », utilisé par Charles Zacharie Bowao, le 20 janvier, pour s’adresser au président de la République (Cf. LDB n), le ministre de la Jeunesse et de l’éducation civique, Anatole Collinet Makosso a réagi à cette démarche, en poussant un «  Je rétorque ». Dans ce courrier non daté, parvenu à notre rédaction, Anatole Collinet Makosso note que la « caricature » a de bout en bout été le principal fondement de l’argumentaire développé par l’ex-ministre de la Défense nationale dans sa lettre intitulée «  Je récuse ».

« Je note une démarche qui parasite le débat intellectuel, politique et juridique du  débat sur la Constitution du 20 janvier, je lis une sorte d’amalgame entre le conseil éclairé, avisé et honnête de l’intellectuel républicain, et le pamphlet aux relents opportunistes et populistes du « camarade », lequel s’emploie à se désolidariser de la décision prise au sein de son parti », écrit-il au tout début de cette réplique, dictée assure le ministre, lui également membre du Comité central du Parti congolais du travail par « les besoins d’éducation et d’encadrement de la jeunesse, qui généralement s’abreuve à la source de notre expérience et de notre connaissance ».

Puis de fil en aiguille, il démontre que l’auteur de la « lettre ouverte » incriminée, s’il pense que changer la constitution du 20 janvier « ne repose sur aucun argument juridique », il ne dégage pas à son tour, l’argument juridique qui interdirait le changement. Collinet Makosso ne pense pas qu’il soit opportun d’associer la réforme générale des institutions envisagée à la personne du président de la République, Denis Sassou N’Guesso. «  Un tel argument n’est utile à ceux qui l’agitent que s’ils parvenaient à mobiliser leurs militants contre la procédure lors de la campagne référendaire », pense-t-il.
Après avoir battu en brèche les thèses de Charles Zacharie Bowao, citant pour cela plusieurs penseurs, hommes politiques, et chercheurs, Anatole Collinet Makosso invite « les intellectuels républicains, plutôt que jouer les oiseaux de mauvais augure,  à œuvrer pour que les acteurs politiques congolais s’engagent dans un dialogue franc et sincère » dans l’intérêt supérieur de la nation. Il se réjouit par ailleurs de contribuer « modestement » au débat ouvert par cette « lettre ouverte » de son ancien camarade au gouvernement.

Membre du Comité central du PCT depuis 2011, Anatole Collinet Makosso n’épouse pas moins la position de son parti dans cette confrontation d’idées qui mobilise davantage au sein de la classe politique congolaise. S’il le débat juridique dans sa réplique, il note tout de même, au plan moral «  le courage » de l’initiateur de la missive, mais regrette le fait que le membre du bureau politique du PCT, Charles Zacharie Bowao ait choisi de s’exprimer au moyen d’une lettre ouverte. A ses yeux, «  Au double plan politique et communicationnel », le compte serait plutôt désastreux.

© Adiac-congo


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  1. Céleste Ngantsui
    Céleste Ngantsui 28 janvier, 2015, 02:42

    Le je rétorque d’Anatole Collinet Makosso : une affabulation démagogique

    Cher Monsieur Anatole Collinet Makosso, votre discours est ridiculisant et hypocrite; vous prétendez réagir au nom de la jeunesse que vous avez prise en otage dont l’avenir est incertain. En effet vous répondez au professeur Charles Zacharie Bowao pour des besoins de perversion de la jeunesse afin qu’elle vous soit acquise et non pour son éducation civique et son encadrement.

    Votre manière de réagir est caricaturale, elle témoigne de l’égoïsme, du culte de personnalité et de la soumission aveugle. A ce titre vous n’êtes pas un intellectuel au sens vrai du terme mais un lettré agissant comme un esclave.

    En se désolidarisant avec la décision prise au sein son parti le PCT, le professeur Charles Zacharie Bowao se définit véritablement un intellectuel. En effet, un intellectuel est celui qui a le courage de se dresser contre l’injustice, l’arbitraire, l’impunité, le culte de la personnalité, la soumission aveugle. Son devoir est de prendre part à l’histoire de son pays et celle du monde. Sa lettre ouverte s’inscrit dans la dynamique de la défense des valeurs : celles de la culture démocratique et des droits de l’homme.

    Au plan moral.

    Il a fait ce qu’un intellectuel doit faire selon Edward Wadie. Said : « L’intellectuel, au sens où je l’entends, n’est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels. Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public ».

    Au plan communicationnel.

    Sa démarche est salutaire dans la mesure où elle est un véritable exemple qui convient à la jeunesse congolaise désœuvrée et oisive. Cette démarche est un enseignement complet à la culture démocratique et des droits de l’homme. Au lieu d’aggraver la perversion des jeunes comme vous dites, elle apporte au contraire un remède indispensable à l’épanouissement de la jeunesse : la contradiction.

    Cher monsieur ne savez vous pas que la contradiction est indispensable dans l’affirmation de soi et l’acquisition de l’intelligence. Notre pays, le Congo a besoin de l’esprit de contradiction pour consolider la démocratie et la culture des droits de l’homme et non de la pensée unique qui tue la démocratie en aliénant la jeunesse.

    En parlant de l’esprit de contradiction comme fondement de la vertu, Jean DUTOURD disait lors de la séance publique annuelle de l’académie française que : « Ce que les gens nous poussent ordinairement à faire, l’ardeur et les cajoleries qu’ils déploient pour nous convaincre, la persuasion qu’ils mettent dans leurs arguments doivent nous avertir que c’est à leur avantage qu’il nous convient à travailler et non au nôtre, que leur souci n’est que de nous recruter, de nous embrigader dans une cause dont nous n’avons rien à faire et qu’ils se moquent bien que nous sortions échaudés de l’aventure »

    Cher monsieur, si vous êtes juriste, vous n’ignorez pas l’existence en droit du principe du respect de la contradiction. Ce principe s’applique à tous les états de la procédure. Il exige en effet que les débats soient eux-mêmes contradictoirement menées. La Cour de cassation a rappelé le caractère impératif du principe de la contradiction dans son arrêt du 26 juin 2003. (Cass. 2e Civ., C., 26 juin 2003 ; SA Tréfimétaux, Arrêts n° 971, n° 972, n°973, JCP G 2003, n°28 act. 358)

    Au plan politique.

    La démarche du professeur Charles Bowao est une démarche démocratique, elle apporte par conséquent de l’énergie nouvelle au sein du PCT. La jeunesse congolaise doit s’inspirer de cette démarche pour construire la démocratie congolaise et consolider le vivre ensemble dans la diversité, le respect de l’autre et de l’équité. Ce qui fait la force de l’unité c’est la différence et la contradictoire.

    Cher monsieur Anatole Collinet Makosso, pourquoi dans les arrêts de la Cour internationale de justice et de la Cour européenne des droits de l’homme, il y a une opinion dissidente qui fait l’objet de publication ?

    L’opinion dissidente n’est pas l’acte dissident et exprimer son mécontentement n’est pas entrer en combat. Il convient de bien saisir la portée de l’opinion dissidente du professeur Charles Zacharie Bowao puisqu’il s’agit en réalité moins de se marginaliser du Parti en faisant sécession que d’annoncer une position stratégique en parallèle de ce que propose l’instance dominante du Parti, en vue de voir sa vision reconnue.

    Au plan juridique.

    Cher monsieur, il n’y a aucune pertinence dans vos arguments ; votre discours est affabulatoire, il se donne par conséquent à désirer.
    Le changement de la constitution ou sa révision totale est juridiquement infondé. La constitution actuelle n’a pas prévu sa révision totale ; elle a prévu par contre une révision partielle (Quand vous jouez avec des mots en parlant de révision totale, il faut savoir que ce jeu n’a pas de pertinence car la constitution ne parle pas de révision de totale). En effet, qu’il y ait abus de langage ou pas, la constitution du 20 janvier 2002 n’a pas prévu de révision totale.

    Les dispositions qui parlent de la révision de la constitution ne peuvent permettre de faire une révision totale de la constitution. Ces dispositions instituent une révision partielle et non totale ; la révision totale n’est pas possible. Foncer dans cette direction c’est vouloir embraser le pays en menaçant gravement la paix. Le départ du président Sassou est une libération pour le Congo et un gage de stabilité et de paix.
    La fixation des conditions de la révision laissée par le constituant à la compétence du législateur au travers l’article 187 « Une loi organique fixe les conditions de révision de la Constitution. » concerne les révisions autorisées par la constitution. La constitution n ‘ a prévu un scénario de révision de totale par une loi organique ; c’est une affabulation qui n’a pas de fondement juridique.
    La révision totale de la constitution est toujours prévue par la constitution, elle-même. La constitution fédérale de la confédération Suisse du 18 avril 1999 est un exemple probant et parlant qui rend pertinent et fondé l’idée de la révision totale de la constitution dans la mesure où elle prévoit ce mécanisme de façon précise et certaine. En effet l’article 138 de cette constitution intitulé : initiative populaire tendant à la révision totale de la constitution stipule que : « 100 000 citoyens et citoyennes ayant le droit de vote peuvent, dans un délai de 18 mois à compter de la publication officielle de leur initiative, proposer la révision totale de la Constitution. Cette proposition est soumise au vote du peuple. »
    Ici la constitution Suisse prévoit en des termes précis et clairs la possibilité de faire une révision totale de la constitution. Il n’y a donc pas d’ambiguïté, d’incertitude et d’imprécision ; le texte est clair. Or dans la constitution congolaise du 20 janvier 2002, il n’y a une disposition pareille qui puisse faire l’unanimité.
    Les dispositions de la constitution du 20 janvier 2002 , n’ont pas prévu une révision totale de la constitution, elles ont prévu par contre une révision partielle, car c’est l’article 185 qui impose des verrous rendant impossible et infondé tout projet de révision totale de la dite constitution.
    Le législateur congolais et le président de la République n’ont aucun pouvoir, aucune prérogative d’initier ou de convoquer une révision totale de la constitution. Les révisions envisageables sont celles autorisées par la loi fondamentale. L’article 187 parle de loi organique qui fixe les conditions d’une révision prévue par la constitution, elle-même et non d’une révision inexistante et imaginaire.
    L’article 56 ne donne pas au président de la République le pouvoir exorbitant d’initier une révision totale de la constitution non prévue par celle-ci. C’est une invention de monsieur Anatole Collinet Makosso de dire que l’article 56 permet au président de la République de reformer les institutions dans le sens de changer la constitution. Déterminer et conduire la politique de la Nation ne signifie pas de reformer les institutions ni même réviser totalement la constitution. Monsieur Anatole Collinet Makosso a un problème de vocabulaire.
    L’article 86 permet au président de la République d’organiser les pouvoirs publics et organisation des pouvoirs publics ne permet pas de changer la constitution ni même de la réviser totalement. Donc l’idée d’une révision totale de la constitution est juridiquement infondée ; elle est par conséquent non pertinente.
    Cher monsieur Anatole Collinet Makosso, vous confondez gravement l’alternance politique à l’organisation régulière à échéance fixe des élections libres et transparentes. En effet, selon le dictionnaire politique en ligne Toupie :
    « L’alternance politique correspond à la situation d’un régime politique où des courants, des tendances ou des partis politiques différents se succèdent au pouvoir. C’est le cas lorsque la majorité politique est renversée par l’opposition, dans le respect des règles constitutionnelles, lors d’une élection législative ou présidentielle, par exemple. La possibilité qu’il y ait une alternance politique est l’une des conditions nécessaires à la démocratie. Elle témoigne en effet de l’existence de libertés politiques et d’un régime pluraliste où le parti au pouvoir accepte de se retirer en cas de défaite électorale. L’alternance a pour conséquence de renforcer la légitimité de la Constitution et l’adhésion des citoyens au régime politique . »
    Pour tout dire, l’alternance politique consiste en un changement d’équipes dirigeantes.
    L’organisation régulière à échéance fixe des élections libres et transparentes signifie respecter la gouvernance démocratique, car des élections libres et transparentes sont des indicateurs sérieux de la gouvernance démocratique.
    La gouvernance démocratique désigne, selon le Lexique de science politique/Vie et institutions politiques, « les mécanismes de régulation des intérêts cherchant à concilier des principes d’efficacité́ de la gestion publique avec des objectifs de renforcement des règles démocratiques ». Les autorités qui pratiquent la gouvernance démocratique se donnent les priorités suivantes :
    1. Le respect des droits fondamentaux : droits civils et politiques, droits économiques, sociaux et culturels, protection des femmes et des enfants, protection des minorités.
    2. La réduction des inégalités économiques et sociales de façon, notamment, à permettre aux personnes les plus démunies (femmes, enfants, populations vulnérables, éloignées ou marginalisées) d’accéder aux services publics essentiels éducation, santé et à l’emploi. ;
    3. La construction de l’Etat de droit : soumission de tous (y compris l’Etat) aux lois démocratiquement adoptées, transparence et éthique dans la reforme de l’Etat, indépendance et impartialité́ de la justice, etc.
    4. La promotion du pluralisme politique : respect de la diversité́ d’opinions, promotion du multipartisme, garantie des droits de l’opposition, renforcement de la société́ civile et garantie d’indépendance des médias.
    5. La décentralisation, c’est-à-dire le transfert du pouvoir de décision et des ressources de l’Etat vers les Collectivités territoriales (communes, préfectures, régions).
    6. La promotion de la participation politique : La participation politique désigne l’ensemble des pratiques mises en œuvre par les gouvernés à l’égard des affaires publiques et touchant par exemple à la commune, la préfecture, la région, l’Etat : voter, s’organiser en associations, manifester, militer, participer à des réunions politiques ou syndicales, exprimer son opinion, avoir accès à l’information.
    Au regard de ces deux définitions, la question que l’on se pose est celle de savoir si depuis 2002, le Congo a déjà organisé les élections libres, honnêtes et transparentes ?
    La confusion faite par monsieur Anatole Collinet Makosso trahit déjà le plan machiavélique du président Sassou et de son clan de vouloir changer la constitution pour se maintenir au pouvoir. En effet, ce n’est pas le peuple congolais dans sa grande majorité qui veut changer la constitution du 20 janvier 2002 mais le président de la République et une partie des membres du PCT. Le peuple congolais cherche d’abord à mener une vie conforme à la dignité humaine ; ce qui veut dire que le changement de la constitution n’est pas sa priorité ni sa préoccupation car son intérêt immédiat est de vivre dans des bonnes conditions.
    Le président de la République a trahi sa position dans son discours à la Nation du 31 décembre 2014. En effet, il n’avait pas le droit ni les prérogatives d’imposer un ordre de jour au dialogue qui doit s’ouvrir entre l’opposition et le parti au pouvoir. Le dialogue s’il a lieu portera sur la gouvernance électorale, car la discussion sur le changement ou pas de la constitution est stérile, creuse et infondé. Cette discussion profite au président de République pour son maintien au pouvoir et non au peuple congolais.
    Le Congo a maintenant besoin d’un changement de l’équipe dirigeante et non de la constitution, car le peuple congolais veut expérimenter d’autres personnes à la tête de l’Etat.
    Au regard de tout ce qui précède, il convient de retenir que le je rétorque de monsieur Anatole Collinet Makosso est une affabulation démagogique qui a pour but d’embrigader, d’abrutir et d’aveugler la jeunesse congolaise pour qu’elle reste manipulable et docile.
    Cher monsieur Anatole Collinet Makosso, sachez bien que seul est libre qui use de sa liberté et la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres.

    Maître Céleste Ngantsui
    Membre du PSDC

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