Congo – Commerce informel : L’ingéniosité comme argument de vente

« La soeur », en compagnie d’une cliente conquise|©DR

« Entrer dans la peau du personnage », telle est l’astuce utilisée par ce vendeur ambulant de produits cosmétiques au marché « Total » de Bacongo à Brazzaville, pour approcher la gent féminine et promouvoir la qualité de ses produits.

« La sœur », ainsi se fait appeler ce jeune garçon qui pour des raisons purement commerciales, se maquille chaque matin des produits qu’il vend, afin d’en montrer la qualité mais aussi l’attrait sur le corps.

Un attrait purement féminin sur un corps d’homme, l’argument fait mouche. Entre curiosité et présentation du produit sur le mannequin qu’il représente, la clientèle se fidélise, à son grand bonheur, en dépit des ragots des hommes qui trouvent son attitude déplacée.

D’autres lui prêtent même une intention de s’efféminer à d’autres fins. Lui, s’en défend.

« Grand-frère, avec la rupture, il faut être « bouliste » pour accrocher le marché, car la concurrence est rude. Je vends des produits cosmétiques pour femmes. Fards à joues, rouge à lèvres, vernis à ongles ect… Le fait que je m’en sois maquillé renvoi l’image de la qualité du produit que je propose. L’effet du produit sur ma peau décide l’acheteuse qui a le résultat en instantané. C’est ce que mes détracteurs ne comprennent pas ».

Quand on lui demande justement ce qu’il pense desdits détracteurs qui arguent qu’il se féminise à d’autres fins, sa réponse est au vitriol.

« Ils n’ont rien compris. Ils jugent sans comprendre la philosophie des choses. Nombre de mes détracteurs sont voleurs ou drogués. Je veux leur dire, « quipper ya yo ! » Moi, je ne m’occupe de personne. J’ai fait des études autant que j’ai pu et le marché du travail est bouché devant moi. Mon maquillage est circonstanciel. C’est comme une tenue de travail. La voix de femme que j’adopte en présentant mes produits participe du « m’as-tu vu », pour attirer l’attention sur moi, et de surcroît sur mes produits. Après le boulot, je redeviens moi-même. J’ai une copine avec laquelle nous avons de sérieuses options de bâtir une famille. C’est avec mon activité que je m’assume, et j’assure.

Sur ce que pensent de lui les femmes, ses principaux clients, « la sœur » est presque fier.

« Elles m’ont adopté comme un référent en cosmétique. Elles me font confiance et me portent en estime. Elles sont mes principaux soutiens. »

De sa recette journalière, « la sœur » ne donne pas le montant, mais il rassure, un sourire en coin :

« ça vaut le coup d’être ainsi maquillé. J’ai une autonomie financière qui me permets d’envisager des réalisations plus grandes. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. »

Bertrand BOUKAKA
Avec Lesechos

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