Congo – Clément Miérassa : «Nous voulons aller au dialogue… pour régler les problèmes de gouvernance électorale»

Congo – Clément Miérassa : «Nous voulons aller au dialogue… pour régler les problèmes de gouvernance électorale»
Le président du Parti social-démocrate congolais Clément Mierassa

Le président du Parti social-démocrate congolais Clément Mierassa

Président-fondateur du P.s.d.c (Parti social-démocrate congolais), parti situé à l’opposition, Clément Mierassa évoque, dans une interview exclusive accordée la semaine dernière, la situation politique nationale, les alliances politiques, le choix du candidat unique de l’opposition à l’élection présidentielle de 2016, son point de vue sur le dialogue et le référendum constitutionnel, etc.

Parlant du dialogue national que toute la classe politique appelle de ses vœux, Clément Miérassa réaffirme la position de l’opposition qui ne souhaite que y aborder les questions liées à la gouvernance électorale et «non pas pour discuter du problème de la Constitution».

* Monsieur le président du P.s.d.c, quelle évaluation faites-vous, aujourd’hui, de la situation politique nationale?
** Nous sommes extrêmement préoccupés par la situation politique d’aujourd’hui. Parce que nous devrions être en train de préparer une élection présidentielle libre, démocratique et transparente, en 2016. Malheureusement, le pouvoir a choisi d’introduire un faux débat, une diversion sur le changement ou non de la Constitution. Nous constatons que même dans les rangs du pouvoir, les choses ont évolué, parce qu’on ne parle plus du changement de la Constitution, mais beaucoup plus de l’évolution des institutions. La Constitution adoptée en 2012 prévoit, en son sein, les mécanismes de sa révision et les possibilités de son évolution, soit disant, vers l’émergence. Or, ni le gouvernement, ni le président de la République, ni les députés, ni les sénateurs, personne n’a introduit le moindre projet de révision de la Constitution. Nous sommes surpris pratiquement qu’à quelques jours de la fin du deuxième et dernier mandat du président Sassou, on vient nous perturber pratiquement la quiétude. Donc aujourd’hui, le contexte politique national est dominé par ce que nous appelons, ce faux débat sur la Constitution qui est, en réalité, une diversion.

* En tant qu’acteur politique averti, qu’est-ce qui justifie l’inconsistance des alliances politiques dans notre pays?
** Quand on fait l’analyse de ces alliances, depuis 1992, je peux parler de l’alliance U.r.d, de l’alliance P.c.t-U.pa.d.s, de l’alliance U.r.d-P.c.t et apparentés, il y a eu également l’A.n.d, je peux dire qu’on a connu beaucoup d’alliances politiques dans ce pays. Je crois que le problème de nos alliances, c’est que nous privilégions, d’abord, la question du pouvoir. On ne tient pas compte des différentes idéologies. Il y a des partis qui se disent de gauche, qui se regroupent avec des partis de droite, du centre, on ne comprend plus rien. Il y a toujours, dans ce pays, une ambigüité sur la notion du centre, qui signifie: ni à l’opposition, ni à la majorité. C’est une notion carrément fausse. En réalité, quand on est en démocratie, il y a la majorité et il y a l’opposition. Donc, nous sommes encore au stade où les alliances sont privilégiées,  par rapport à la question du pouvoir. Ces alliances ne tiennent pas compte des projets de sociétés. Il faut qu’on fasse l’effort, pour faire évoluer les choses et j’ose espérer que nous allons vers là.

* Que redoutez-vous le plus entre le dialogue et le référendum constitutionnel?
** On ne peut pas parler de redouter, parlant, par exemple, du dialogue. Dans tous les cas, lorsqu’on lit le préambule de notre Constitution, les choses sont claires. Pour le référendum également, les choses sont claires, parce que le référendum est clairement régi dans la Constitution. On ne devrait pas redouter l’organisation d’un référendum, sauf que dans notre cas, la Constitution est claire. Il y a deux articles dans notre Constitution qui parlent de l’organisation du référendum, c’est l’article 86, qui permet au président de la République de consulter les présidents des deux chambres du parlement, pour organiser un référendum constitutionnel, mais dans des matières bien précises, notamment l’organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés fondamentaux, la matière économique et sociale, etc. Les choses sont claires, mais le président ne l’a jamais fait.
L’article 185 dit que le président de la République peut prendre l’initiative de la révision de la Constitution, mais il ne l’a jamais fait. La confusion, aujourd’hui, vient de ce que le président a déclaré, sur B.b.c, qu’il veut organiser un référendum, alors qu’il n’a ni le pouvoir, ni les prérogatives de changer la Constitution.
J’étais au congrès national extraordinaire du M.c.d.d.i où il a été clairement dit que beaucoup de Congolais pensent que vouloir changer la Constitution aujourd’hui, c’est appeler à une violation collective de la loi fondamentale. On ne peut pas demander à un peuple d’aller violer une Constitution qu’il a lui-même voté à près de 84,50%.
Maintenant, en ce qui concerne les élections, je pense qu’elles ont toujours été très mal organisées. Le M.c.d.d.i a fait des recommandations allant dans le sens de l’amélioration, comme beaucoup d’entre nous le souhaitent.

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