home Politique Clément Miérassa : «La crainte d’organiser des élections libres se trouve du côté du pouvoir»

Clément Miérassa : «La crainte d’organiser des élections libres se trouve du côté du pouvoir»

Le président du Parti social-démocrate congolais Clément Mierassa
Le président du Parti social-démocrate congolais Clément Mierassa

Le président du P.s.d.c (Parti social-démocrate congolais) et coordonnateur du Mouvement congolais pour le respect de l’ordre constitutionnel, Clément Miérassa, a animé, jeudi 9 juillet 2015, au C.i.o (Centre interdiocésain des œuvres), une conférence de presse sur l’actualité politique nationale, précisément sur «la dérive», selon lui, de «la société congolaise, le faux débat sur la Constitution et l’illégalité de la Cour constitutionnelle».

D’entrée de jeu, Clément Miérassa a eu une pensée à l’endroit des différents candidats au baccalauréat général. Puis, il a condamné le gouvernement et son chef, pour les nombreuses violations de la Constitution dont ils sont, selon lui, responsables. Il s’agit, particulièrement, de l’interdiction de sortie du territoire national des personnalités comme Pascal Tsaty-Mabiala, premier secrétaire de l’U.pa.d.s; Rigobert Ngouolali, ancien ministre et président de l’A.r.c, et Gabriel Oba-Apounou, sénateur et membre du bureau politique du P.c.t.

De la dérive de la société congolaise, l’orateur s’est appesanti sur la réaction d’une candidate sur les réseaux sociaux, après l’annulation des épreuves du baccalauréat, qui disait: «Au Congo, depuis plusieurs années, tout le monde triche; les vieux rectifient leurs âges, pour ne pas aller à la retraite; les enseignants ont des faux diplômes; des étudiants sont inscrits à l’Université avec des faux bac; des fonctionnaires avec les militaires perçoivent plusieurs salaires».
S’agissant du débat sur le changement de la Constitution, Clément Miérassa pense que «ce n’est pas la loi fondamentale qui a atteint les limites, mais plutôt, le président de la République, qui a atteint les limites». «Limitation des mandats présidentiels à deux, âge maximum pour être candidat fixé à 70 ans et le fait de ne pouvoir réviser la Constitution, en ce qui concerne le nombre de mandats.

Coincé dans sa démarche, le président de la République a cru bon d’organiser des consultations qui ont fait ressortir, clairement, qu’il avait un consensus sur la volonté d’examiner les aspects liés à la gouvernance électorale. Mais pas pour le changement de la Constitution, qui est une démarche anticonstitutionnelle, aujourd’hui», a-t-il dit.
Pour lui, la convocation du dialogue national sans exclusive est un acte posé par un «homme qui se considère fort et qui se croit au-dessus de tout. La loi, c’est lui», a dit le président du P.s.d.c, qui estime que par cet acte, le président de la République veut remettre le compteur des mandats présidentiels à zéro, «alors qu’il n’a ni le pouvoir, ni les prérogatives pour changer de Constitution».

Clément Mierassa s’est indigné de la ferme volonté du P.c.t de vouloir changer la Constitution du pays, alors que dans le rapport de son bureau politique sur la Constitution, il est écrit, à la page 18: «Le changement souhaité ne résulte pas de circonstances exceptionnelles, mais de la volonté des gouvernants de dépasser la Constitution actuelle, devenue inadaptée au profil d’un nouvel ordre juridique censé intégrer de nouvelles aspirations. Mais, quelle que soit la pertinence des motivations, force est de constater que la Constitution actuelle ne prévoit pas les mécanismes de son changement. L’article 86 de la Constitution actuelle relatif à l’initiative référendaire ne parle que de la révision et non du changement. Devant le silence de la Constitution actuelle, la commission s’interroge sur quelle base juridique le président de la République peut-il organiser un référendum pour faire adopter une nouvelle Constitution? Une telle initiative sans fondement juridique peut donner lieu à des controverses. L’hypothèse de changement de Constitution, en l’absence de circonstances exceptionnelles, ne peut être validée sur la seule voie du droit. Sa faisabilité repose, avant tout, sur un consensus national, expression de la volonté populaire».

En outre, le président du P.s.d.c a réagi aux propos tenus par le secrétaire général du P.c.t, Pierre Ngolo, sur les ondes de R.f.i, qui disait que l’opposition craignant le poids électoral du président Denis Sassou-Nguesso, cherche l’aide de Paris pour conquérir le pouvoir. Clément Miérassa a pensé lui  rafraîchir la mémoire: «Lorsque les élections ont été organisées, de façon libre, démocratique et transparente, en 1992, le président Denis Sassou-Nguesso, bien qu’en exercice, avait recueilli 17% des voix et était troisième. Le P.c.t aura beaucoup de mal à expliquer pourquoi le président Denis Sassou-Nguesso, qui était un fervent défenseur de la commission électorale indépendante, lorsqu’il était à l’opposition, se refuse, jusqu’à ce jour à le mettre en place. Il a, plutôt, mis en place un système maffieux de tricherie et de fraude dans l’organisation des élections. Le fiasco du recensement administratif spécial montre à suffisance que la crainte d’organiser des élections libres, démocratique et transparentes se trouve du côté du pouvoir».

Clément Miérassa pense qu’en violant la constitution, le président de la République apporte un cinglant démenti à ceux qui pensent que les institutions fonctionnent bien. «Ce n’est pas l’avenir des institutions qui intéresse le président, puisqu’il ne s’en occupe pas, maintenant. Ce qu’il veut, c’est se servir de ce prétexte, pour résoudre un problème qui lui tient à cœur: celui de son avenir personnel», a précisé le président du P.s.d.c, qui s’est appuyé sur les exemples de la Cour constitutionnelle qui n’a jamais été renouvelée, selon les dispositions de l’article 144 de la Constitution, ainsi que la Commission nationale des droits de l’homme.

Sur la question du changement de la Constitution, «nous ne transigerons pas», a-t-il fait savoir. Et d’ajouter: «Surtout que nous avons été stupéfaits de découvrir qu’il s’agit non pas de l’avenir des institutions, mais de l’avenir personnel du président qui veut demeurer au pouvoir et qui compte user de cette manœuvre, pour mettre les compteurs à zéro, pour lui permettre de se représenter. La Constitution actuelle contient les dispositions permettant de faire évoluer les institutions. Pourquoi le pouvoir actuel ne s’en est-il pas servi?».

Faisant siennes les préalables de l’opposition pour sa participation au dialogue, Clément Miérassa a lancé un appel à tous les démocrates, afin qu’ils ne ménagent aucun effort, pour fédérer leurs énergies, pour «une forte mobilisation, en vue d’un rassemblement pour arrêter la machine infernale que l’on veut nous imposer en forme de coup d’Etat constitutionnel».

LASEMAINEAFRICAINE

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