Changement de la constitution au Congo : «Ceux qui ont ouvert cette boîte ne savent plus quoi en tirer»

Changement de la constitution au Congo : «Ceux qui ont ouvert cette boîte ne savent plus quoi en tirer»

René Serge Blanchard Oba

René Serge Blanchard, le président du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), membre de la majorité présidentielle

C’est à la faveur d’une conférence de presse, le 11 juin à Brazzaville, que le président du Mouvement pour la solidarité et la démocratie (MSD), membre de la majorité présidentielle, a lancé le mouvement « Alternance 2016 ».

La remise sous le boisseau de la parole sociale, la mise au pas de la justice, l’atteinte aux libertés fondamentales, l’opacité de la gestion des finances publiques et le changement de la Constitution du 20 janvier 2002 ont été les motivations de la création de ce mouvement.

« Un Congo nouveau doit se dévoiler par notre action. C’est pourquoi « Alternance 2016″ incite à ne pas changer les règles de jeu pendant le match afin de favoriser à nos enfants le bénéfice d’un avenir autre que le nôtre. La culture de l’alternance forgée par une éducation démocratique de l’élite de demain serait mise au lieu de pérenniser des rancœurs sourdes. Si notre résolution est claire et nette quant au refus de changer la constitution, il nous plaît d’espérer que la hauteur de vue d’hommes d’État au long cours éclairera les uns et les autres et que sur une question mal abordée un noble sursaut puisse faire jaillir un consensus éclairé », a déclaré René Serge Blanchard Oba après avoir décliné les motivations, les grands axes et les objectifs de ce mouvement.

Pour René Serge Blanchard Oba, l’idée du changement de l’actuelle constitution se heurte à une coquille vide. En effet, dit-il, la boîte de Pandore ouverte par le Parti congolais du travail, principale force de la majorité présidentielle, pose un problème important. « Ceux qui ont ouvert cette boîte ne savent plus quoi en tirer. Modifier la constitution, c’est donner l’occasion au président actuel de briguer un troisième mandat. C’est clair, nous ne sommes pas favorables à cela. Nous estimons que le jeu démocratique implique une alternance », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Dans cette dérive d’essence monarchique, le seul rempart c’est la prise de conscience citoyenne par tous les Congolais. Ainsi donc, face à un pouvoir en apesanteur sur la réalité, complètement fermé dans la seule industrie qui marche dans ce pays, la propagande, seul le génie populaire est le recours légitime ».

Pour le MSD, il est plus que temps de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération avec à la clé « un nouveau penser et un nouvel agir ». « Alternance 2016 » rejette ainsi toute idée de changement de constitution pour des motifs personnels. Selon ce mouvement, ce projet de changement est juridiquement infondé, moralement inadéquat, politiquement désastreux et socialement explosif. Et de prendre, à cet effet, l’engagement de s’opposer par tous les moyens légaux à tous projets remettant en cause les acquis démocratiques. Après échanges, le président de MSD a lancé un appel à toutes les forces de la nation, au-delà des convictions, soucieuses de favoriser une alternance intégrale et le développement, de rejoindre ledit mouvement afin de dessiner un autre avenir pour le Congo.

Le MSD en passe de quitter la majorité présidentielle

Cette prise de position par le président du MSD a interpellé la presse qui l’a d’ailleur questionné sur sa position au sein de la majorité présidentielle. Réponse de René Serge Blanchard Oba : « Quels sont à priori les partis qui disent non au changement de la constitution ? Ce sont les partis de l’opposition. Cela veut dire que nous avons une convergence d’idées sur cette question. Nous allons collaborer avec toutes les forces qui sont pour l’alternance démocratique en 2016. Nous sommes des démocrates si nous perdons en 2016 avec ceux qui partagent les mêmes idées de convergence, nous respecterons la constitution. »

En clair, on retiendra cecei du président du MSD : « Si je ne me retrouve plus au sein de la majorité, dois-je rester là ? Pour l’instant le problème ne se pose pas mais nous avons donné notre point de vue au sein de la majorité présidentielle. Nous ne sommes pas favorables à la modification de la constitution. Maintenant, ce n’est pas un débat d’école, parce que l’on sait que tout texte juridique prévoit ses mécanismes de changement, mais notre problème est politique ».

Derrière ces propos sybillins, chacun peut comprendre que le divorce est imminent entre le MSD et la majorité présidentielle. L’avenir nous en dira davantage.

© Adiac-Congo


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