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CAN-2015: Claude Le Roy : « Le Gabon a des failles défensives : à nous de les exploiter »

L'entraîneur du Congo Claude Le Roy
L’entraîneur du Congo Claude Le Roy

Le sélectionneur national du Congo est revenu sur le match nul  de son équipe, face à la Guinée équatoriale, le samedi dernier, lors de l’ouverture officielle de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015 : conditions du match, points forts, déceptions. Et envisage sereinement la rencontre face au Gabon.

Les Dépêches de Brazzaville : Monsieur Le Roy, au lendemain du match nul face à la Guinée équatoriale (1-1), quel bilan tirez-vous ?

Claude Le Roy : Je ne vais pas revenir là-dessus tout le temps, mais vu les conditions de préparation, je suis satisfait. C’était mon 32ematch de CAN, et je n’ai jamais vu ça : un parcours de douze minutes qui se rallonge de plus de quarante minutes, la climatisation du bus qui tombe tout d’un coup en panne avec un thermomètre qui monte à 40 degrés… Nous sommes censés être au stade 90 minutes avant le coup d’envoi du match. Malheureusement, nous sommes arrivés dix minutes avant l’échauffement.  C’est triste d’infliger ça aux joueurs, qui sont les premiers acteurs du football. Sans eux, il n’y a pas de spectacle, pas de compétition, pas de revenus.

LDB : Cela suffit-il à expliquer ce début de match manqué ?

C.L : Cela explique en partie notre début de match, car je pense, après avoir revu le match à deux reprises, qu’on était au point dans l’occupation du terrain, mais qu’on a pêché dans le rythme. Mes joueurs ont pris un vrai coup de chaud dans le bus. Pour faire honneur au Congo, à la Confédération africaine de football (CAF), au public, ils étaient en costumes-cravate dans le bus…

LDB : Pour vous, c’est donc un bon point pris, samedi, lors de ce premier match ?

C.L : Oui. Une fois de plus, je rappelle le contexte : un retour en Coupe d’Afrique après quinze ans d’absence, une inexpérience totale de l’effectif à ce niveau. Nous sommes venus avec l’ambition de bien faire, mais il ne faut pas non plus penser que l’on peut arriver dans une compétition de ce niveau pour la gagner. En 2012, la Zambie gagne, mais le groupe se connaissait bien et sortait d’un quart de finale en 2010. La pire des choses serait d’être impatient alors qu’il faut justement pérenniser cette équipe. Ce groupe peut progresser si on lui laisse du temps. Nous, on ne peut pas se permettre de naturaliser dix Espagnols en piochant dans les réserves du Real ou de Valence.

LDB : Vous faites allusion à la Guinée Equatoriale : force est de constater qu’en face des Diables rouges, il y avait une équipe de qualité, collectivement cohérente.

C.L : Oui, il y a de bons joueurs comme Balboa ou Nsue. Leur numéro 15 a du talent, mais il n’aurait jamais dû finir le match. Il  a eu un comportement détestable, comme son coup de coude sur Cesair, totalement gratuit, ou son tacle sur Marvin, qui aurait pu y laisser son péroné. Le jeune Ruben Belima joue en réserve au Real, sous les ordres de Zidane, ça veut tout dire. Il faut reconnaître que les Equato-guinéens ont bien choisi leurs joueurs.

LDB : Que faut-il retenir : avoir concédé l’ouverture du score ou avoir égalisé ?

C.L : Les deux, bien sûr, mais je retiens surtout que l’on a su réagir et très bien finir. Globalement, le score de parité est mérité, mais je n’oublie pas qu’on pouvait tuer le match sur l’occasion manquée de Dominique. Il était ravagé après le match, mais je lui ai dit que ce n’est pas grave, que la prochaine sera au fond.

LDB : Votre équipe se créé des occasions, mais pêche dans l’efficacité. Ce sont donc là les espoirs et les limites des Diables rouges ?

C.L : Oui, nous sommes une équipe joueuse, qui cherche à jouer au sol, en triangle. On l’avait remarquablement fait la veille à l’entraînement et souvent la dernière séance est révélatrice. Les joueurs avaient été bons dans le jeu en triangle, pour après renverser sur le côté extérieur opposé et revenir sur l’intérieur. Mais samedi, certains joueurs ont manqué des gestes tactiques, ce qui nous a empêché de développer notre jeu. Et cela nous a exposé à leur jeu de contre-attaques.

LDB : Finalement, vous n’éprouvez pas de regret ?

C.L : On aurait préféré gagner, c’est sûr, mais je n’oublie pas que Christoffer Mafoumbi nous garde dans le match à deux reprises. Sa prestation est un grand motif de satisfaction : il a 21 ans, il a reçu une lettre de licenciement économique de son club quarante-huit heures avant le match et malgré cela, il assure. Je tiens d’ailleurs à souligner la médiocrité et le manque de classe des dirigeants du Pontet dans cette affaire.

LDB : Au rayon des satisfactions, il y a eu des entrées en jeu…

C.L : Les entrants ont eu un impact sur le cours du match et c’est ce que j’attends d’eux. Mais c’est surtout le comportement qui est épatant : quand on voit Chris Malonga qui part en courant, prévenir Ondama qu’il doit entrer en jeu, alors qu’ils sont en concurrence, ça en dit long sur l’état d’esprit de ce groupe. Je le dis et le redis aux joueurs : ce qu’on peut faire de bon, on le fera à 23.

LDB : Un mot sur la prestation de Thievy Bifouma, l’un des attaquants vedettes des Congolais?

C.L : Son but est magnifique et sa prestation d’ensemble épatante. Thievy doit quitter la CAN en ayant donné envie aux plus grands clubs européens de le recruter. Il doit encore se débarrasser du superficiel, simplifier son jeu pour le rendre encore plus efficient. Mais c’est un talent exceptionnel.

LDB : A l’inverse, il y a eu quelques déceptions ?

C.L : Même s’il n’évoluait pas au poste qu’il préfère,  j’attendais mieux de Cesair qui est lui aussi doté d’un immense talent. En revanche, je trouve qu’Arnold Bokamoutou a manqué son match techniquement : il avait de bonnes jambes, mais je l’ai trouvé timide, écrasé par l’évènement.

LDB : Ndinga et Doré, qui ont eu un déchet important ?

C.L : Prince aussi, même s’il a récupéré davantage de ballons, qu’il s’est créé des occasions, qu’il a frappé au but. Delvin, lui, n’a pas marqué son territoire et il sait ce qu’il faut faire pour rectifier le tir. Pour Fodé, on est en droit d’attendre mieux, lorsque l’on connait son potentiel. Il le sait. Ses statistiques en termes de duels remportés sont plutôt négatives sur ce match. Compte tenu de son potentiel, on attend mieux de sa part dès le prochain match.

LDB : Après le match, vous êtes restés au stade avec votre staff pour suivre le match Gabon-Burkina. Quels enseignements tirez-vous de cette opposition ?

C.L : On a vu un Burkina qui a manqué de réalisme, face à un bon Ovono (gardien), mais qui a aussi développé quelques actions collectives de très bonne qualité. En face, un Gabon qui peut compter sur des dragsters, comme Aubame, Bulot ou Evouna.  On sait donc qu’il ne faudra pas laisser le moindre espace dans le dos de notre défense. Mais, il ne faut pas non plus avoir peur d’aller les chercher haut. Il y aura un équilibre à trouver face à cette équipe solide et réaliste, mais qui a néanmoins des failles défensives. A nous donc  de les exploiter.

LDB : On vous sent serein et confiant.

C.L : Oui. Je suis surtout content. J’aime cette équipe, j’y suis attaché. Mon passage au Congo, quel qu’en soit la durée car, je sais très bien que tout va très vite dans le football, m’a d’ores et déjà marqué. C’est une belle aventure humaine. A nous d’en faire une belle aventure sportive en passant en quart de finale.

Propos recueillis, à Bata par nos envoyés spéciaux 

Camille Delourme et James Golden Eloué
© Adiac-Congo
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