home Brazzaville, Congo Brazzaville : Le drame des inondations, des érosions… et leur cortège de souffrances!

Brazzaville : Le drame des inondations, des érosions… et leur cortège de souffrances!

Les pluies de ces derniers jours ont semé la désolation au sein de nombreuses familles, à Brazzaville.
Les pluies de ces derniers jours ont semé la désolation au sein de nombreuses familles, à Brazzaville.

La saison des pluies (octobre-mai), dans la commune de Brazzaville, qui, géographiquement, se situe dans la zone Sud du pays, se manifeste encore, cette année, comme des années auparavant, avec son cortège de misère pour des centaines, voire des milliers de familles victimes des inondations, des érosions ou de l’ensablement de leurs maisons. Avec une population de 1,8 million d’habitants, la ville de Brazzaville est confrontée à de sérieux problèmes d’urbanisme, de canalisation des eaux et de développement anarchique de son habitat.

Ce qui fait que plusieurs quartiers connaissent des catastrophes naturelles, en saison de pluies, et les populations en sont, évidemment,victimes, comme on le revit après les pluies de ce mois de novembre.

En mai 2014, le gouvernement a entrepris de grands travaux, parmi lesquels la réhabilitation, l’élargissement et le réaménagement de la route nationale n°2 sur le tronçon partant du pont de Mikalou,jusqu’au pont de Djiri (14,30 kms). Des canalisations assez grandes et recouvertes en partie ont été construites de part et d’autre de la voie goudronnée, en plus de l’aménagement de la rivière Mikalou, vers le pont, de la construction de collecteur d’eau enterré à Makabandilou, etc. Ces travaux, exécutés par la société Andrade Gutierrez et qui se poursuivent encore, ont mobilisé une enveloppe de près de 41 milliards de francs Cfa. Si les riverains de la route nationale n°2, dans les quartiers Nkombo, Massengo, Itatolo, Makabandilou, etc. sont soulagés, d’autres sont toujours dans l’inquiétude.

En effet, les pluies tombées sur la capitale, les 21 et 22 novembre derniers, ont provoqué leurs lots de victimes parmi les populations dont les habitations ont subi les phénomènes d’inondation, d’érosion et d’ensablement. Les deux vastes arrondissements 6 Talangaï et 9 Djiri sont les plus touchés, car plusieurs quartiers, qui se sont implantés de manière anarchique, ont enregistré des victimes. Le débordement des eaux des rivières Mikalou et Tsiémé a été catastrophique, pour les familles sinistrées dont les maisons sont riveraines de ces deux cours d’eau. Leurs lits étant ensablés et réduits, à cause de la pression démographique, la crue provoquée par les eaux de pluie a inondé et ensablé plusieurs habitations. Le pont de la Tsiémé, par exemple, était carrément ensablé, avec des véhicules à moitié enterrés. Dans d’autres quartiers, les populations luttent désespérément, avec des moyens du bord (houes, pelles, seaux, sacs en plastique, etc.), contre les érosions. Dans les quartiers Petit-Chose, Simba-pelle et Ngamakosso, à Talangaï, certains habitants sont confrontés à l’érosion et au glissement de terrain. La route appelée «Deuxième sortie Nord», à Ngamakosso, a été détruite, en partie, sur plus d’une cinquantaine de mètres. Même le nouveau viaduc qui longe, en partie, ce quartier, est menacé.

Il faut dire que la première cause de ces phénomènes se trouve dans l’anarchie de l’occupation des terrains. Les pouvoirs publics ont laissé se développer, dans les communes, une pratique traditionnelle d’occupation des terrains d’habitations, loin de toute norme urbanistique qui exige, d’abord, un lotissement, avant d’implanter une agglomération. Chacun achète un terrain de 400 mètres-carrés (20 mètres sur 20) là où il peut. Les zones peu recommandables à la construction et donc à haut risque, sont presque gratuites (Tout pour le peuple) ou vendues à vil prix par les propriétaires fonciers. La pauvreté ou la précarité aidant, les familles acquièrent des terrains dans des zones non conformes à la construction et les maisons y poussent comme des champignons. En dix ans seulement, l’agglomération a atteint les montagnes de Ngamakosso, et aussi du côté de Mfilou, vers Mont-Barnier, sans que cela n’interpelle la Mairie et le Gouvernement, qui regardent impuissants, ce phénomène.
La deuxième cause est, sans doute, le manque de plan directeur des villes au Congo. En principe, tous les dix ans,  les communes doivent actualiser leurs plans directeurs, pour maîtriser le développement de leurs agglomérations et habitats. On a choisi la facilité,en laissant faire. D’où un développement anarchique des quartiers qui deviennent de dangereux bidonvilles, où il manque les services publics: écoles, dispensaires, commissariats de police, postes de gendarmerie, réseau d’eau courante, marchés, voies publiques aux normes, canalisation des eaux, etc.

En renonçant à assumer leur responsabilité de construire les villes, d’exiger des normes dans l’habitat urbain, les différents régimes qui se succèdent à la tête de l’Etat jettent des populations entières dans la précarité, au fil des années. Ils laissent se développer des quartiers périphériques qui deviennent des bidonvilles, d’où les victimes causées par les catastrophes naturelles comme les conséquences des pluies. Il faut consacrer des budgets conséquents, chaque année, pour urbaniser ces quartiers périphériques, à défaut de programmes de municipalisation accélérée par arrondissements, dans toutes les communes du pays. Pour l’instant, l’urgence, c’est de venir en aide aux familles sinistrées des dernières pluies, non seulement à Brazzaville, mais aussi à Pointe-Noire, Ouesso,  Gamboma, etc. Et il ne sert à rien de rétorquer que les caisses de l’Etat sont vides, lorsqu’il s’agit de l’assistance aux populations sinistrées, car on venait de voir que pour changer la Constitution, le gouvernement n’a pas hésité à consacrer un budget de cent milliards de francs Cfa, même si le décaissement de celui-ci n’a pas été entièrement effectif.

Joël NSONI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils