Brazzaville : le casse-tête des eaux pluviales

Brazzaville : le casse-tête des eaux pluviales

La capitale congolaise exposée à une forte pluviosité et ses effets collatéraux ne sait plus à quel saint se vouer. Confrontés aux inondations, glissements de terrain, ensablement de chaussées et d’habitations devenu le lot quotidien en période de pluies, les citoyens ne cessent d’interpeller les autorités.

Les scènes illustrant la désolation des Brazzavillois sont parfois à la limite du croyable. Les 24 et 25 décembre dernier, dans la foulée du passage du Premier ministre, Clément Mouamba, accompagné du ministre en charge de l’urbanisme et du cadre de vie, Claude Alphonse Nsilou, qui entendaient ainsi « toucher du doigt » l’ampleur du désastre causé par la longue pluie de ces deux jours, des tons se sont levés. A l’instar de cette femme, la cinquantaine révolue, au bord des larmes et dans l’indifférence des présences autour d’elle, disait son ras-le-bol.

« Je rentre d’un séjour au village. A peine le taxi venait de me déposer, mais je ne sais pas où aller. Tout autour de moi est inondé, la maison comprise. On a des petits enfants… Que l’Etat résolve ce problème une bonne fois, nous sommes quand même des citoyens congolais. Pourquoi le gouvernement ne veut pas écouter nos pleures ? », s’interrogeait-elle.

La rivière Tsiémé débordant de son lit avait une fois encore causé la désolation autour, tout comme son affluent Mikalou dans le quartier éponyme, dans les sixième et neuvième arrondissements, Talangaï et Djiri. Alors qu’à Mfilou, le septième arrondissement de Brazzaville, les sables descendus des sommets de la colline qui surplombe les principaux quartiers venaient d’ensevelir des habitations, rues, chaussées et véhicules.

Aux quartiers Massengo et Makabandzilou, dans le neuvième arrondissement, l’image d’Epinal de la désolation du dernier Noël a été surtout la Route nationale n° 2 coupée par l’érosion qui a emporté d’énormes pans de la chaussée en plusieurs endroits. Ici, les habitants ne cessent de pointer du doigt les travaux abandonnés par une entreprise bénéficiaire d’un marché public qui, ayant fait fi du drainage des eaux, aurait laissé les habitants dans un dilemme. Plusieurs maisons, ont été emportées par l’érosion provoquée par ces eaux dont la puissance le long de la RN2 rivalise avec celle de la rivière Djiri. De nombreuses autres villas sont sous la menace, au quartier Makabandzilou, notamment.

Le manque d’assainissement est source d’inquiétude

Ce qui interpelle, après cette dernière série de pluies, c’est surtout le fait que même là où des améliorations ont été apportées, suite à la première phase du projet de drainage des eaux pluviales à Brazzaville, réalisée avec l’appui financier de l’Agence française de développement (AFD), le désastre semble être de retour.

Du fait de visibles insuffisances dans l’assainissement de la ville et l’enlèvement de dépôts sauvages d’ordures, les collecteurs naturels que sont les rivières Madoukou et Mfoa, aménagés depuis quelques années, semblent ne plus être capables de drainer les flots des eaux qu’ils reçoivent vers le fleuve Congo. Conséquence, de l’avis de connaisseurs, à la Coupole, City center, tout comme au rond-point dit Plus-jamais-ça au centre de la ville, les collecteurs en souterrain sont à refaire. Alors qu’à la moindre pluie, Madoukou et la Mfoa débordent de leurs eaux avec tous les effets que l’on peut redouter.

L’espoir a été de courte durée

Avec le déploiement du projet de drainage des eaux pluviales de Brazzaville, l’espoir était pourtant permis. Les Brazzavillois ayant même dégusté un temps les fruits de la première phase dudit projet financé par une subvention de 15,7 milliards francs CFA dans le cadre d’un contrat désendettement-développement entre le Congo et l’AFD.

Une deuxième phase, financée sur un prêt souverain de 40,7 milliards francs CFA du même partenaire s’annonçait imminente. Prévoyant, dans la suite de l’étape précédente, de réduire les inondations par un meilleur drainage des eaux de pluie au niveau de cinq autres collecteurs naturels que sont les rivières Tsiémé, Mfilou, Kélékélé, Mpila1 et Mpila 2. Les initiateurs du projet entendaient aussi mettre en place une filière pérenne de gestion des déchets, en renforçant les capacités de la mairie de Brazzaville.

L’autre aspect de ces appuis de l’AFD prévoit, dans le cadre du projet de la route de la Corniche, la réhabilitation du collecteur de Makélékélé, afin d’achever la modernisation des neuf principaux collecteurs de la ville capitale. Mais il faut compter avec la promptitude et le pragmatisme de tous les partenaires à ces projets, notamment la mairie de Brazzaville dans sa mission d’assainissement de la ville et le gouvernement dans l’apport de ses contreparties. Cela, afin de ne pas envoyer aux pertes et profits tous ces efforts déjà consentis pour rendre plus viable la cité verte.

Thierry Noungou

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