Brazzaville : A l’insalubrité s’ajoute l’inondation dans les marchés

Brazzaville : A l’insalubrité s’ajoute l’inondation dans les marchés

En cette période pluvieuse, les notions d’hygiène dans les marchés, on ne le dira jamais assez, font toujours couler beaucoup d’encre. Faire des courses après la pluie n’est pas chose aisée dans la plupart des marchés de la capitale. Constat.

Dans des marchés où le système d’évacuation d’eau ne fonctionne presque plus, les eaux de pluie envahissent automatiquement les trottoirs, empêchant du coup les vendeurs et les clients de circuler normalement. C’est le cas du marché Plateau des 15 ans, dans le quatrième arrondissement.

À l’origine de cette situation récurrente depuis deux ans, les collecteurs installés dans le marché n’évacuent plus convenablement les eaux de pluie. Pour contourner la difficulté, les commerçants et propriétaires des boutiques ont disposé des sacs remplis de sable tout le long des trottoirs afin de permettre aux clients d’accéder facilement aux étals malgré les eaux.

« Cette situation freine nos affaires, car les clients ont du mal à circuler pour atteindre nos tables. Cela porte un coup dur sur nos recettes journalières parce que les clients qui n’acceptent pas du tout patauger dans l’eau, et choisissent d’aller ailleurs », déplore Henriette Ndalla, présidente dudit marché, et vendeuse de légumes secs (haricots, petits pois, arachides).

Autres occupants des tables et échoppes lèvent également le ton et marquent leur indignation en critiquant rudement les autorités municipales de la ville, qui, selon eux viennent relever tous les jours des taxes, « au lieu de chercher à résoudre l’épineux problème d’évacuation d’eau et même de salubrité qui se posent dans ce marché ».

Ils regrettent par ailleurs l’absence de coordination avec ces autorités et les accusent de venir les « rançonner » chaque jour en relevant des taxes qui « n’aboutissent à rien ».

Au marché Thomas Sankara…

Ici au marché Thomas Sankara, dans le 9ème arrondissement, en plus des inondations, s’ajoutent des coulées de boue qui peuvent durer longtemps avant de disparaitre (2 à 3 semaines), d’après la vice-présidente de ce marché, Henriette Atti. En effet, la grande avenue transformée en gare routière où viennent stationner les véhicules remplis de marchandises en provenance de l’intérieur du pays est totalement impraticable.

En attendant que la boue sèche, certains vendeurs impatients choisissent d’aller squatter chez les voisins dans des pavillons situés à proximité. D’autres par contre préfèrent attendre chez eux, jusqu’à la disparition partielle de la boue.

« Pendant la saison sèche, il n’y a pas de problèmes. Mais, dès les premières pluies, c’est la déception, plus rien ne marche. À cause de l’état de notre marché, nos clients ne viennent plus », a expliqué la vice-présidente du marché.

Assises sous des parapluies, un groupe de six femmes lancent : « Nous avons de sérieux problèmes dans ce marché. Regardez les conditions dans lesquelles nous vendons lorsqu’il pleut ! Que les autorités municipales entendent nos cris. Pour l’heure, nous leur demandons de venir renverser ne fut ce que du sable pour permettre à nos clients d’accéder facilement jusqu’ici. Cela nous permettra d’écouler facilement nos marchandises ».

Le marché de dix Francs…

Construit dans une zone marécageuse à Moungali, dans le deuxième arrondissement, le marché de dix Francs, vieux de 60 ans est également confronté au problème d’évacuation des eaux de pluie.

En dehors de cette situation, les responsables réclament également la réhabilitation de leur marché, notamment les trois pavillons détruits par un vent violent depuis 2015, qui heureusement, n’avait pas fait de victimes humaines.

Par ailleurs, le président de ce marché, Frédy Koubanzila, ainsi que d’autres vendeurs s’indignent du manque d’attention des autorités municipales car, jusqu’à présent, explique-t-ils, les occupants de la partie détruite ont trouvé mieux d’aller s’installer au bord de la rue.

« Depuis que cette partie du marché s’est effondrée il y a de cela deux ans, nous n’avons reçu qu’une seule visite d’une autorité. Nos doléances et nos revendications n’obtiennent aucune réponse de la part des autorités », a regretté Frédy Koubanzila.

Les notions d’hygiènes loin d’être respectées

Même pendant la saison sèche, dans la totalité des marchés de Brazzaville, les notions d’hygiène sont fréquemment foulées au pied par les vendeurs, à l’image des denrées alimentaires sensibles que l’on voit souvent exposées longtemps au soleil et à la merci des mouches et autres insectes porteurs de maladie.

À l’entrée et même sur les trottoirs séparant les tables, ce sont les tas d’immondices qui accueillent les clients à la grande indifférence des vendeurs qui les côtoient sans gêne.

On déplore parfois le comportement de certains vendeurs qui n’hésitent pas de satisfaire leurs besoins naturels dans des endroits inappropriés, même sur des immondices entassées qui attendent à être évacuées.

« Nous vivons dans un environnement insalubre. Cette attitude renforce de plus en plus l’état d’insalubrité dans lequel est plongé ce marché. Même si l’on accuse la pluie qui vient dégrader la situation, il faut reconnaitre que nous ne sommes pas propres », a reconnu Sylvestre, vendeur de poisson de mer au marché Ouenzé.

« Le marché est un milieu de vie des commerçants qui doit être gardé propre. Malheureusement, ce sont d’abord les vendeurs qui polluent le marché tout en oubliant qu’ils sont les premières victimes des maladies liées à  l’insalubrité », s’est plaint un autre vendeur.

Pour la plupart des clients, les commerçants sont les seuls responsables de l’insalubrité.

Rappelons que la quasi-totalité des marchés du pays sont confrontés au manque de collecteurs d’eau, provoquant les inondations récurrentes. L’insalubrité dans ces lieux de vente constitue également un grand problème de santé publique quoique quelques efforts aient été entrepris par les autorités municipales. Bref, une véritable politique d’aménagement des marchés domaniaux s’impose.

Yvette Reine Nzaba

 


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