home Brazzaville Bowao, ancien ministre congolais: « C’est dommage que Sassou puisse en arriver là…»

Bowao, ancien ministre congolais: « C’est dommage que Sassou puisse en arriver là…»

Charles Zacharie Bowao
© Capture TV5 Monde

L’ancien ministre congolais de la défense, Charles Zacharie Bowao a condamné mercredi au micro de TV5 Monde, l’organisation le 25 octobre prochain d’un référendum visant à changer la constitution  de la République du Congo afin de permettre à Denis Sassou N’Guesso de s’offrir un pouvoir à vie. Charles Zacharie Bowao se dit très remonté contre son ancien ami Sassou N’Guesso et son projet de réforme constitutionnelle.

Charles Zacharie Bowao a récemment démissionné du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir). Il explique son opposition au projet de réforme constitutionnelle de Sassou Nguesso par le fait que la démarche vise à permettre à l’actuel président congolais de briguer un ou d’autres mandats, ce que la Constitution actuelle ne lui permet pas. «Par rapport à la Constitution du 20 janvier, il y a une disposition qui dit que le président de la République est éligible pour un mandat de sept ans et rééligible une seule fois. Et il y a une autre disposition qui introduit une clause de fermeture juridique disant que cette disposition est intangible et qu’on ne peut pas la toucher parce que c’est un acquis de la conférence nationale souveraine et de toutes les tractations qu’il y a eu autour de la question de pouvoir au Congo», a déclaré Zacharie Bowao.

Pour l’ancien ministre de la Défense, ce point a été l’objet d’un consensus au niveau de la classe politique et qu’il n y a pas de raison qu’on remette en cause cette disposition. Il dénonce une manigance de certaines personnalités du parti au pouvoir pour tenir ce référendum et permettre un pouvoir à vie de Sassou Nguesso.

«Ce référendum est illégal parce qu’il n’y a aucune disposition dans la constitution qui permet de passer d’une constitution qui a été largement votée par référendum. Il y a un retour en arrière et un refoulement de ce que nous avons obtenu en matière d’approfondissement de la démocratie. Cet acquis est en train d’être remis en cause par un référendum qui est illégal», a indiqué M. Bowao qui estime que la majorité des Congolais membres de la majorité, de l’opposition et de la société civile est opposé à cette démarche de référendum.

L’ancien ministre de la Défense de Sassou Nguesso précise que le Chef de l’Etat congolais connait très bien son point de vue sur la question. «Il est en train de trahir sa qualité d’homme d’Etat en trahissant le parcours qui a fait de lui un homme respecté en interne et à l’international. C’est dommage qu’il puisse en arriver là alors qu’il avait l’occasion de terminer correctement son mandat et d’entrée dans l’histoire par le portique républicain».

Revenant sur le dialogue organisé par le parti au pouvoir, Charles Bowao annonce que ceux qui l’ont initié savent que l’idée n’a pas prospéré. L’homme dénonce un passage en force de Sassou Nguesso qui donne l’impression que sa démarche est démocratique.

«Dans le fond, il n’y a pas eu de consensus autour de cette question à Sibiti et il y a eu un dialogue alternatif de l’opposition qui a mis en exergue les différents contre-arguments sur lesquels nous nous appuyons aujourd’hui», a-t-il dit. Pour lui, plusieurs questions soulevées auraient pu faire l’objet d’une révision constitutionnelle sauf l’idée d’une nouvelle candidature de Denis Sassou Nguesso qui a conduit aujourd’hui à «l’escroquerie intellectuelle» qui est l’annonce du référendum qui enlève la légalité du régime actuel.

L’ancien ministre de la Défense pense que la dernière manifestation de l’opposition qui a mobilisé assez de monde dans les rues de Brazzaville traduit le réel état d’esprit des populations qui ne veulent de la confiscation du pouvoir d’Etat. M. Bowao relève également l’échec des différentes politiques menées aujourd’hui sur le plan social, culturel, sanitaire, etc. Il appelle les Congolais à ne pas aller à un référendum illégal. «Si c’était un référendum légal, nous serions allés pour dire non et nous aurions gagné. Mais parce que c’est un référendum illégal, nous n’allons pas cautionner cette illégalité. C’est pour cela que nous disons non à l’organisation de ce référendum», a déclaré l’ancien ministre qui ajoute que seuls les fanatiques du président seront mobilisés par la corruption pour participer à ce référendum.

Bowao pense que la nouvelle majorité républicaine, constituée par ceux qui étaient avec le pouvoir et ceux qui étaient dans l’opposition qui dit non au référendum et oui à l’ordre constitutionnel établi finira par avoir raison.

L’ex bras droit de Sassou Nguesso pense que la priorité est de penser à la mise en place d’une Commission électorale indépendante qui sera chargée d’organiser les prochaines élections dans le pays.

Des mots d’ordre de désobéissance civile et citoyenne sont annoncés mais le ministre précise que tout sera fait de telle manière que le Congo connaisse moins de dégâts.

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