home Économie Baisse des prix du pétrole : le déficit budgétaire de la zone CEMAC se creuse à 6,5% du PIB régional

Baisse des prix du pétrole : le déficit budgétaire de la zone CEMAC se creuse à 6,5% du PIB régional

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La baisse persistante des prix du pétrole a plombé les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) en 2015 en accentuant le déficit budgétaire régional estimé à environ 6,5% du produit intérieur brut (PIB), a observé la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, en visite vendredi à Yaoundé.

Cette organisation régionale se compose de six pays : le Cameroun, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine (RCA) et le Tchad. Seule la RCA n’est pas productrice de pétrole.

« Les cours du pétrole ont chuté de 70% depuis juin 2014, dégringolant d’un sommet de 120 dollars le baril à un peu plus de 33 dollars aujourd’hui. Naturellement les effets de cette chute se font sentir dans cette partie de l’Afrique : l’activité est ralentie et les tensions budgétaires s’accentuent », a souligné l’ex-ministre française de l’Economie et des Finances, portée à ce poste en juin 2011.

En visite de trois jours depuis jeudi à Yaoundé, elle rencontre les autorités camerounaises et de la CEMAC pour évoquer la nécessité pour les pays de la région de conduire des politiques économiques et des réformes structurelles « pertinentes » afin d’amortir les chocs occasionnés par cette chute des cours du pétrole et d’autres matières premières, base de leurs économies.

« Le pétrole représente aujourd’hui environ 70% des exportations de la CEMAC et plus d’un tiers de ses recettes budgétaires. Il va de soi que la chute des cours constitue un énorme défi », a-t-elle mentionné en outre.

La Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) basée dans la capitale camerounaise estime à 40% la part de cette ressource au PIB régional.

« Si le pétrole contribue pour 9% au PIB du Cameroun, ce taux s’élève à 85% pour la Guinée équatoriale, 50% pour le Congo-Brazzaville, à près de 45% pour le Gabon et à environ 18% pour le Tchad », précise de son côté le ministre congolais du Plan et de l’Intégration, Léon Raphaël Mokoko.

Ces chiffres ont été révélés lors d’une table organisée conjointement vendredi matin par le FMI, la BEAC et la Commission de la CEMAC sur le thème du « financement des infrastructures dans un contexte de forte baisse des cours du pétrole ».

Christine Lagarde se félicite toutefois de ce que « plusieurs pays membres de la CEMAC ont mis à profit les recettes exceptionnelles tirées du pétrole pour lever des contraintes qui bridaient l’économie de longue date ».

« Par exemple, a-t-elle spécifié, le Gabon a utilisé une grosse partie de ses recettes exceptionnelles pour réduire sa dette de 50% en 2008 et reconstituer ses réserves, de 10 millions de dollars en 2001 à 1,3 milliard de dollars en 2014. »

Au Tchad, l’augmentation des dépenses d’éducation a abouti à un net redressement du taux de scolarisation primaire, de 68% en 2000 à une scolarisation pratiquement complète en 2012, a-t-elle constaté par ailleurs. « Enfin, la République du Congo a lancé un ambitieux Plan national de développement pour corriger les gros déficits sociaux et infrastructurels. »

Un des principaux producteurs de la CEMAC, le Congo déclare en ce moment une baisse de 60% des recettes pétrolières, estimée à 800 milliards de francs CFA (1,6 milliard de dollars), selon le ministre du Plan et de l’Intégration.

« Face à la baisse des recettes pétrolières, tous les pays de la région ont, au cours de l’année 2015, fortement réduit leurs dépenses publiques d’investissement, ce qui aggrave l’effet de ralentissement de l’économie en impactant les secteurs d’activité non pétroliers mais dont le financement dépend en grande partie des recettes pétrolières (construction, etc.). »

Dans ses récentes prévisions publiées en décembre, la BEAC estimé à 2,4% le taux de croissance régional en 2015, soit un repli de 2,1 point par rapport à 2014.

En dépit des difficultés, l’économie camerounaise connue pour être la plus diversifiée de l’espace communautaire se distingue par une performance d’environ 6%, selon les estimations officielles. Elle est suivie de celle du Gabon, créditée d’une croissance à la hausse de 4,2% l’année précédente à 5,3%, un résultat attribué à la hausse de la production pétrolière.

En voie de sortie de crise, la RCA enregistre une croissance de 4,9% (contre 0,5% en 2014), tandis que le Tchad et le Congo accusent respectivement un repli, passant de 6,3% en 2014 à 3,8% et de 5,2% à 2,7%.

La Guinée équatoriale est à une croissance négative de -10,5%, contre 0,5% un an plus tôt.

Pendant une période relativement longue, les pays de la CEMAC ont profité de ce que la directrice générale du FMI appelle « la marée montante des cours du pétrole » pour doper leur activité et propulser l’investissement dans les infrastructures, dont ils avaient tant besoin.

« Aujourd’hui cette marée montante se retire, sans doute pour longtemps », prévient-elle, en insistant sur la nécessité de mettre en place des politiques économiques et des réformes structurelles plus convaincantes pour assurer leur résilience face aux soubresauts, qui sont aussi d’ordre sécuritaire, du fait des activités du groupe terroriste nigérian Boko Haram au Cameroun et au Tchad

(Xinhua)

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