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Attentats de Paris: François Hollande, chef de guerre, mais leader politique fragile

François Hollande
François Hollande

Dans les circonstances d’urgence, dans la tourmente, François Hollande agit, assume, décide. Mais il sait que l’union nationale sera de courte durée. La politique va vite reprendre ses droits.

Conseil des ministres en pleine nuit pour décréter l’état d’urgence, mesures de sécurité à l’échelle maximale, fermeture des frontières, renfort de l’armée, deux conseils de Défense en l’espace de quelques heures, convocation du Parlement à Versailles, consultation de tous les leaders politiques … La riposte de François Hollande face à l’horreur et à la violence glaciale des attentats perpétués à Paris, dans la nuit du 13 novembre a été d’une extrême fermeté. Et même si on l’a vu bouleversé et choqué durant sa première intervention, alors que se déroulait le drame au Bataclan – des jeunes abattus un à un, froidement-, il a fait face, avec sang-froid. Avec a ses cotés, sa « dream team »: Valls, Cazeneuve et Le Drian.

Qualifiant les attaques djihadistes d’ »acte de guerre, commis par une armée terroriste, Daech », il s’est montré guerrier et déterminé: « La France sera impitoyable à l’égard des barbares de Daech. Elle agira avec tous les moyens dans le cadre du droit (…) et sur tous les terrains, intérieurs comme extérieurs, en concertation avec nos alliés ». Tout en trouvant les mots pour exprimer l’émotion collective, comme il avait su le faire lors des attentats contre Charlie en janvier 2015.

C’est le paradoxe de cet homme, à qui l’on a eu de cesse de faire un procès en indécision: dans les circonstances d’urgence, dans la tourmente, il agit, assume, décide. Janvier 2013, opération Serval au Mali, pour stopper les katibas djihadistes. Velléité de frappes avortée en Syrie en septembre 2013, en raison de la volte-face de Barak Obama. Participation à la coalition en Irak, contre l’état islamique. Frappes en Syrie. Comme le raconte David Revault d’Allones, dans son livre « Les guerres du président », cet homme qui avant 2012 ne s’était jamais intéressé de près ni de loin à l’art militaire ni aux subtilités du jeu diplomatique, s’est révélé un chef des armées sans état d’âmes.

Chef de guerre, mais aussi chef politique. Pour l’heure, la France est en état de choc. Elle est atteinte dans sa chair. Il n’y a pas de place pour la polémique. Mais François Hollande sait que l’union nationale sera de courte durée. La politique va vite reprendre ses droits. En attendant, François Hollande s’est appliqué à saturer l’espace médiatique, intervenant à plusieurs reprises, distribuant la parole à ses proches, Manuel Valls, Bernard Cazeneuve, recevant les dirigeants politiques.

La surenchère sécuritaire de la droite

Mais à droite, certains ont commencé à se livrer à une surenchère sécuritaire. Laurent Wauquiez préconise l’internement administratif de toutes les personnes fichées S. Comme Arnaud Klarsfeld : « Si on est en guerre, il faut prendre les mesures qui conviennent ». Marine Le Pen, elle, a repris sa vieille antienne sur la déchéance de nationalité des binationaux appartenant à une mouvance radicale et demande la fermeture des mosquées radicales. Le président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde reproche au chef de l’Etat une absence de stratégie militaire : « Il faut que l’Otan intervienne pour appuyer les forces kurdes ». Quant à Nicolas Sarkozy, il a d’emblée prévenu : « Nous avons besoin d’inflexions majeures pour que la sécurité des Français soit pleinement assurée ». Même François Fillon, qui avait déclaré dans la nuit du 13 novembre « l’Unité nationale est maintenant notre devoir », a, dès le lendemain appelé le chef de l’Etat à un changement de stratégie au Proche-Orient, et demandé une vraie prise en compte de la menace sur la plan intérieur, quitte à adopter des mesures radicales, comme avait su le faire la Grande-Bretagne lors de la guerre contre l’IRA, avec des fouilles systématiques partout.

Au delà des menaces terroriste, le président de la République est donc confronté à une multitude de risques politiques. Et au fur et à mesure de l’enquête, des failles dans le dispositif antiterroriste peuvent surgir, les critiques sur l’action engagée depuis le 7 janvier vont s’amplifier. Le président le sait. Et son meilleur atout, dans cette tourmente, reste sa capacité à se maîtriser, son calme. Mais là aussi, il va devoir convaincre de l’efficacité de sa politique.

(Challenges)

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