Athlétisme : Franck Elemba, le spécialiste congolais du lancer du poins, bientôt français

Le lanceur de poids du Congo-Brazzaville Franck Elemba, durant la finale des JO 2016.
REUTERS/Kai Pfaffenbach

Quatrième des Jeux de Rio en 2016, l’impressionnant lanceur de poids congolais Franck Elemba rêve de porter les couleurs de l’équipe de France aux Jeux de Paris en 2024, à l’issue d’un parcours tortueux marqué par un statut précaire.

« Tu prends les choses à la légère, réveille toi! Sur chaque lancer tu dois être agressif. Yallah Franck!« . Sous la chaleur accablante d’Eaubonne (Val d’Oise), la sueur, abondante, ruisselle sur le corps massif de Franck Elemba. Le colosse (1,98 m, 138 kg) enchaîne les lancers en cette fin de matinée sur le terrain stabilisé du CDFAS (Centre départemental de formation et d’animation sportives), sous les yeux de son mentor marocain Mohamed Fatimi.

Dans un mélange de bienveillance et de fermeté, ce dernier mime les gestes de son poulain, corrige sa posture, dessine à la craie une ligne que Franck (29 ans), débardeur gris et short à motif, doit suivre dans le cercle de lancer.

Les deux sont comme un vieux couple: il y a dix ans, Franck Elemba, jeune Congolais de Brazzaville prometteur, était confié à Rabat à M. Fatimi, ancien lanceur international, à la faveur d’une bourse.

« Je m’entraînais beaucoup, de façon intense, deux fois par jour, mais avec patience », explique Franck Elemba à l’AFP, d’une voix douce et derrière un sourire timide qui tranchent avec son physique de Titan. « C’est de famille », rigole-t-il.

« Après deux ans, mes performances ont décollé. J’ai manqué les Jeux de Londres en 2012 faute d’avoir réussi les minima. Cela m’a motivé pour devenir plus fort. »

Beaucoup plus fort, Franck Elemba décroche quatre ans plus tard la 4e place des Jeux de Rio grâce à son lancer record (21,20 m).

Missions d’intérim

Malgré ce nouveau statut international, la situation du Congs Franck Elemba s Franck Elemba olais reste précaire, comme celle de nombreux champions d’athlétisme.

Côté revenus, son club de l’EFCVO (Entente Franconville Césame Val d’Oise), qu’il représente samedi et dimanche aux Championnats de France à Saint-Etienne, lui verse un salaire, complété par les primes de compétitions et celles accordées par son équipementier.

Depuis 2013, l’ancien judoka (ceinture noire 2e dan, au même gabarit que Teddy Riner), vit entre le CDFAS d’Eaubonne, où il est logé et nourri grâce à son club et au département, et le Maroc où vit sa mère, à la retraite après avoir travaillé à l’ambassade congolaise à Rabat.

A la recherche de stabilité, cette force de la nature (capable de soulever 220 kg en épaulé-jeté) tente en octobre dernier un nouveau challenge et part s’entraîner à Miramas, dans le sud de la France, avec l’ancienne championne de France Laurence Manfredi.

« Ca a été très difficile. Pour vivre il me fallait un salaire et donc un travail, ce qui n’est pas compatible avec le haut niveau, qui est en soi un travail à plein temps. Je faisais des missions d’intérim, préparateur de commandes pour Maisons du monde, de 7 h à 17 h. Ensuite il y avait entraînement de 18 à 22h. Je n’avais pas de temps de repos, ça m’a bouffé de l’énergie, ça m’a démotivé. »

En panne de résultats et sans logement durable, il est hébergé par un entraîneur local à Salon-de-Provence. Franck Elemba broie du noir. Il touche le fond au meeting de Ligue de diamant de Stockholm le 30 mai, où il est incapable d’atteindre la ligne des 19 m, une marque indigne de son niveau. Il décide alors de retourner quelque temps au Maroc, « vers ma vie de nomade », auprès de son ancien entraîneur et de sa mère.

« Elle a beaucoup fait quand elle travaillait, aujourd’hui elle a du mal à s’en sortir alors depuis la mort de mon père je fais mon possible pour l’aider. »

Les Bleus en 2024?

Fâché un temps avec sa fédération pour une histoire de frais de stages, Franck Elemba rêve du maillot bleu de l’équipe de France, qui garde un œil sur lui, pour les Jeux de Paris en 2024. Il a d’ailleurs déposé une demande de naturalisation.

Mais les délais pour représenter un deuxième pays en compétition internationale sont longs (trois ans à partir d’une demande qui ne peut intervenir que s’il devient Français). Il espère en attendant briller dès les Jeux de Tokyo pour le Congo, avec qui les différents semblent s’être aplanis.

« Je rêve d’une médaille olympique, que j’ai entrevue il y a trois ans. Ca m’a donné confiance. Je me dis que demain je peux être médaillé olympique sans tour de magie. Le travail m’aidera à atteindre ce niveau. »

Avec AFP

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