home Brazzaville, Congo Alain Akouala, ministre congolais: «Il faut laisser les Congolais décider du sort de leur pays»

Alain Akouala, ministre congolais: «Il faut laisser les Congolais décider du sort de leur pays»

Le ministre Alain Akouala-Atipault.
Alain Akouala Atipault, Ministre à la présidence de la République chargé des Zones économiques spéciales

Dans une  interview accordée au magazine «Notre Afrik» et publiée dans son édition n°54 du mois d’avril 2015, le ministre Alain Akouala-Atipault donne, sans détour, son point de vue sur le débat houleux qui agite, aujourd’hui, la classe politique sur la réforme constitutionnelle. «Modifier ou ne pas modifier la Constitution? Pour l’opposition et des organisations de la société civile, une éventuelle révision de la loi fondamentale serait une manœuvre visant à prolonger le bail de l’actuel chef de l’Etat, Denis Sassou-Nguesso, à la tête du Congo, au-delà de 2016.

En face, le parti au pouvoir, le Parti congolais du travail, estime que l’actuelle Constitution de 2002, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux et l’âge limite des candidats à 70 ans, est dépassée et appelle à une nouvelle République», dit le magazine, dans son introduction à l’interview dont voici l’intégralité.

* Monsieur le ministre, en quoi la révision de la Constitution du Congo est-elle nécessaire, aujourd’hui?
** Cette nouvelle Constitution nous permettra de faire un saut qualitatif dans le processus démocratique en cours et améliorer la gouvernance publique. Ce débat ne date pas d’aujourd’hui. Nous avions commencé à en discuter, depuis 2011. Il ne s’agit donc point d’un calcul politicien. Nous nous sommes, tout simplement, rendu compte que l’actuelle Constitution post-conflit, qui a permis de sauver l’unité de la Nation après la guerre civile qui a déchiré notre pays, comporte des limites et des insuffisances. Au sein du Parti congolais du travail (P.c.t), nous avons fait notre introspection et estimons que cette Constitution présente quelques points faibles, du point de vue de la gouvernance.

* Lesquels?
** Nous avons, par exemple, constaté que l’exécutif avait une sorte de prédominance sur le législatif, qui se caractérise notamment par l’absence d’un véritable contrôle de l’action gouvernementale. Le parlement n’a pas toujours une véritable emprise sur le travail du gouvernement. Certains ministres n’ont pas toujours jugé utile de répondre aux questions orales des députés.
Notre parti, le P.c.t, propose, dans la future Constitution, un rééquilibrage des institutions qui puisse permettre aux parlementaires de voter une motion de défiance à l’encontre des ministres, ce qui pourrait conduire à leur éviction du gouvernement. Un autre point faible à corriger serait de renforcer les prérogatives de la Cour des comptes, pour qu’elle puisse aller plus loin dans son combat contre la corruption et l’impunité.

* Comment devrait s’opérer ce rééquilibrage entre les institutions?
** Nous proposons, au sein de notre parti, la création d’un poste de premier ministre qui soit chef d’un gouvernement responsable devant le parlement. A travers une déclaration de politique générale, ce premier ministre devra soumettre une feuille de route claire à l’approbation des députés qui verront ainsi leurs pouvoirs renforcés.

* Cette évolution de la Constitution se ferait-elle avec ou sans le président Sassou-Nguesso?
** Je considère que le président Sassou-Nguesso, que ce soit au Congo ou même sur le continent africain, est l’un des derniers géants sur le plan politique, avec ses qualités et ses défauts. Il a donné cinquante ans de sa vie à notre pays. Compte tenu de son expérience, cette évolution peut commencer, aujourd’hui, avec sa participation et se poursuivre après lui.

* L’opposition dénonce des velléités pour maintenir le président Sassou au pouvoir…
** C’est un procès d’intention. Le président Sassou n’a jamais dit qu’il allait se représenter. Même si son parti, le P.ct., s’est prononcé pour une révision de la Constitution, le président reste au-dessus de la mêlée et a lancé un appel au dialogue entre toutes les forces vives du pays, pour déboucher sur un consensus.

* Pourquoi a-t-il donc laissé planer l’hypothèse d’un référendum?
** Parce que, dans un débat contradictoire, si on constate qu’il y a un désaccord sur le fond et la forme de certaines réformes, la logique démocratique voudrait qu’on consulte le peuple, pour départager les acteurs politiques. C’est une démarche démocratique qui viserait à impliquer le peuple congolais, pour lui demander de trancher sur l’architecture institutionnelle du futur.

* Ne redoutez-vous pas un scénario à la burkinabè, en cas de blocage?
** Je respecte le scénario burkinabè. Mais, nous avons connu pire au Congo. Nous avons connu une parenthèse de sang qui a duré une décennie, ponctuée par une guerre civile qui a paralysé notre pays et occasionné la mort de plus de vingt mille personnes. Je ne pense pas que ce soit comparable avec ce que les Burkinabè ont vécu, en octobre dernier. A côté de ce que je viens de décrire, le scénario burkinabè est un pique-nique, si j’ose dire.
Nous devons sortir en Afrique de ces espèces de schémas préconçus et définis pour nous, qui voudraient qu’en cas de désaccord politique, on passe par une révolution. Ce romantisme révolutionnaire a fait long feu et n’est en rien positif.

* Quel regard portez-vous sur la position des pays occidentaux, la France et les Etats-Unis en tête, qui se sont prononcés contre les modifications de Constitution?
** Nous respectons le regard que les dirigeants occidentaux peuvent poser sur les évolutions politiques de notre pays. Ces points de vue sont importants et ils enrichissent notre propre réflexion. Cependant, nous aimerions qu’à un moment donné, ces dirigeants nous écoutent et arrêtent d’avoir un regard exotique sur la vie politique congolaise. L’Afrique a muri et beaucoup changé. Il faut laisser les Congolais décider du sort de leur pays.

* Que vous inspire le slogan «Sassoufit» très en vogue sur le réseau social Twitter?
** C’est la preuve que certains Congolais ont de l’imagination! Mais, il faut bien que ceux qui mettent en avant ce slogan présentent, d’abord, aux Congolais leur projet de société.

Propos recueillis pour
le magazine Notre Afrik par Thierry HOT

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