Afrique : Dot trop élevée, couples fragilisés

Afrique : Dot trop élevée, couples fragilisés

 Image d’archive |DR

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A Goma, à l’est de la RD Congo, des familles, trop gourmandes au moment de la dot, découragent les couples de se marier. Certains jeunes restent en concubinage, d’autres se séparent. Les filles demeurent ainsi à la charge de leurs parents…

« Grâce à ma fille, ma vie va changer. Je vais demander quatre vaches. Chacune vaudra 2 000 dollars et, avec ça, je m’achèterai une voiture ! » Jean-Pierre, habitant de Goma, à l’est de la RD Congo, y pense depuis longtemps. Il explique son projet à son porte-parole, qui le représente pendant les discussions sur la dot de sa fille. Les porte-parole ont le dernier mot : ils posent des exigences et tranchent souvent en défaveur du jeune homme qui espère la main de la fille. Ce qui révolte beaucoup de jeunes, qui, du coup, préfèrent vivre en couple sans la bénédiction de leur famille. « Je vis avec ma fiancée, et non ma femme, à cause de ma belle-famille qui a exigé une somme exorbitante qu’il me faudra au moins quatre ans pour trouver. Le peu que j’avais, ils ne l’ont pas voulu. Et attendre, c’est trop long. Alors nous avons décidé, avec ma fiancée, de vivre ensemble sans leur accord. Le reste viendra après« , raconte Théodore, 29 ans.

Beaucoup de filles en ont aussi assez. Face à cette pratique, elles plaident souvent la cause de leur prétendant. « Pour honorer la famille, les parents ont droit à un cadeau, c’est vrai. Mais, il ne faut pas que cela soit exagéré ! Moi, j’ai suivi mon fiancé pour deux raisons : d’abord par amour, et puis parce qu’il a quand même voulu donner le peu qu’il possède à ma famille. Mais, mes parents en veulent plus ! S’il parvenait à verser tout ce qu’on lui demande, comment subviendrait-il ensuite à mes besoins ?« , s’interroge la fiancée de Théodore.

Yvette ne dit pas autre chose. Ferme, elle raconte comment elle tente d’expliquer la situation de son fiancé à ses parents : « Je voudrais vivre avec ce garçon. Pourquoi voulez-vous rendre cela compliqué ? En lui demandant beaucoup d’argent, vous rendez ma vie difficile. Laissez-moi une chance de me marier. Sinon je me suicide !« 

Célibataires malgré elles

A côté de ces « amoureuses », d’autres filles n’hésitent pas à se faire l’instrument des projets parentaux. Par exemple en complotant contre leurs futurs époux : « Pour que mon mari me considère et m’attribue une grande importance, il doit me doter avec beaucoup d’argent. Et mes parents vont en profiter pour se payer une parcelle au centre-ville. Ils ont souffert pour m’élever et payer mes études. Il faut qu’ils profitent de cette occasion ! », exlique Hélène à ses amies étudiantes de l’université de Goma lors des préparatifs de son mariage. Les autres membres de la famille ne sont pas moins intéressés. A l’image de cet oncle qui explique à son beau-frère « que chaque membre doit trouver son compte dans cette dot. Il ne faut pas oublier que les oncles et les tantes sont des ayants droit privilégiés. Nous devons respecter cette coutume afin que la mariée ait la bénédiction. » Cette pratique entraîne une concurrence entre les familles, soucieuses de leur bonne réputation. Il est en effet bien vu par certains de marier sa fille en recevant une dot importante. 

Face à de telles exigences, des fiancés se découragent et s’en vont. « J’ai raté mon mariage à cause d’une dot trop élevée. Deux ans après, les garçons me négligent… », regrette Gisèle. Plus les jeunes femmes avancent en âge, moins elles trouvent de fiancés. Certains sont alors prêts au compromis pour éviter d’avoir une fille traînant éternellement à la maison : « Le monde a changé. Nous ne devons pas penser qu’à l’aspect matériel. Cela ne donne aucun avantage à notre fille qui va finir par rester seule », explique ce vieil homme expérimenté.

Les filles s’insurgent aussi désormais contre leur statut d’objet monnayable : « La dot est un cadeau que la famille du garçon remet à celle de la fille. Mais, il n’est pas gentil de me vendre comme une marchandise. C’est l’amour qui compte dans un foyer, pas le matériel. Seuls le comportement social et l’éducation de base valorisent la femme« , argumente Rolande auprès de son père. « Nous devons faciliter les démarches pour les garçons afin qu’ils n’induisent pas nos filles en erreur. Il faut orienter les jeunes couples sans les dérouter », conclut diplomatiquement Joséphine Nabishusha, une porte-parole réputée dans les discussions de dot à Goma.

Syfia Grands Lacs 


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