home Congo Affaire liquidation d’Air Afrique : Les ex-travailleurs congolais ne réclament rien d’autre que le paiement de leurs droits

Affaire liquidation d’Air Afrique : Les ex-travailleurs congolais ne réclament rien d’autre que le paiement de leurs droits

L’affaire de la liquidation d’Air Afrique a rebondi, dans l’opinion, il y a trois semaines, avec l’arrestation de Vincent Péna-Pitra, directeur du Cabinet d’expertise comptable D.c.i, en sa qualité de superviseur de la liquidation secondaire d’Air Afrique. La liquidation secondaire d’Air Afrique a connu, jusque-là, au total cinq superviseurs qui se sont succédé depuis 2002. Ce n’est qu’avec la liquidation conduite par le 5e superviseur, Vincent Péna-Pitra, qu’une convention réglementée a été signée, le 28 février 2014, entre le gouvernement, le syndic liquidateur et le comité ad hoc des travailleurs, fixant définitivement le montant total des droits à 18,9 milliards de francs Cfa, pour les 321 ex-travailleurs congolais d’Air Afrique, y compris les 25% représentant les honoraires du syndic liquidateur, suivant la règle de l’Ohada.

Du montant total fixé par la convention réglementée, il reste à payer aux travailleurs, selon la dernière ordonnance du juge commissaire, la somme de 7,9 milliards de francs Cfa relative aux droits des travailleurs, non compris le reste des honoraires du syndic liquidateur. Regroupés au sein de leur association, Atac (Association des travailleurs d’Air Afrique Congo), dont le président est Daniel Pika, les travailleurs se battent pour obtenir le paiement de ce montant.
La liquidation d’Air Afrique au Congo est l’une de ces affaires emblématiques du caractère inconséquent de l’administration congolaise face aux droits des citoyens et particulièrement des travailleurs. C’est une bien vieille affaire, qui aurait été bouclée depuis, si jamais responsabilité, respect des droits et transparence dans sa gestion avaient fait bon ménage.
Air Afrique est cette grande compagnie aérienne panafricaine créée en mars 1961 par onze Etats africains mais qui, confrontée à de sérieuses difficultés de financements, à partir de la fin des années 90, déclare faillite le 27 février 2002. Sa liquidation est un peu compliquée dans le calcul des droits des travailleurs, en raison non seulement du caractère panafricain de la compagnie dont le siège était à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et donc soumis à la législation de ce pays, avec des directions locales dans 11 pays africains, mais aussi en raison de la multiplicité des catégories des agents et de la durée de leurs contrats. Devant les contestations et les réclamations engendrées par le calcul des droits et des décisions parfois à l’emporte-pièce de la direction d’Air Afrique, pendant la période agitée de la liquidation, le Congo décidera d’assurer lui-même les droits des travailleurs congolais, notamment ceux qui évoluaient au pays et ceux qui étaient au siège, à Abidjan, et dans les autres pays africains. Les travailleurs étaient rassurés par cette décision, estimant que la législation congolaise en matière de travail est bien avantageuse par rapport aux autres pays africains, où certains agents se retrouvaient avec des montants parfois insignifiants de leurs droits.
Il y a donc eu un jugement du Tribunal de commerce de Brazzaville, établissant un syndic liquidateur à partir de 2002. Mais, ce syndic liquidateur connaîtra plusieurs superviseurs dont des cabinets comptables de renom. Les grandes actions viendront avec Me Agathe Missamou comme superviseur, à partir de 2003. Sa liquidation permettra de réaliser des actifs par la vente de la cité d’Air Afrique (une trentaine de villas), de l’immeuble d’Air Afrique au centre-ville et des équipements d’assistance avion dans les aéroports de Brazzaville et Pointe-Noire. Elle avait avancé à hauteur de 30% les droits des travailleurs congolais et expatriés évoluant au Congo. Cependant, elle n’avait pas validé les droits des travailleurs congolais ayant exercé à l’étranger.
Un nouveau superviseur est désigné, par décision du Tribunal de commerce de Brazzaville, le 31 janvier 2012, en la personne de Vincent Péna-Pitra. Celui-ci est en fait, le cinquième qui succède à deux autres qui avaient suivi Me Missamou. Pour bien gérer l’affaire, Vincent Péna-Pitra s’adjoint les services d’un ancien cadre technico-commercial d’Air Afrique, consultant en aviation civile. Après des tractations pour réaliser des actifs, afin de faire face aux droits des travailleurs, en voulant même reprendre les droits de trafic aérien, le gouvernement propose de signer une convention réglementée, suite aux instructions du chef de l’Etat enjoignant le gouvernement de régler cette affaire.
Après la signature de la convention réglementée, Vincent Péna-Pitra réalise la vente de l’immeuble appelé «Air France», en face de la maison d’arrêt de Brazzaville, mais qui appartenait à Air Afrique, au prix de 2 milliards de francs Cfa. Par la suite, l’Etat, via la C.c.a (Caisse congolaise d’amortissement) décaisse un total de 3 milliards de francs Cfa. Mais, le syndic liquidateur n’a versé qu’un total de 2 milliards de francs Cfa, aux travailleurs, sur une somme totale encaissée de 5 milliards. Vincent Péna-Pitra a fini par être arrêté, à propos de l’argent qu’il a géré. Le procès qui s’en suivra pourra sans nul doute éclairer la lanterne de l’opinion. Car au Congo, les affaires d’argent public finissent souvent par se noyer dans la mare à crocodiles.
Pour les travailleurs, l’arrestation de Vincent Péna-Pitra porte un coup dur au syndic liquidateur et cela risque d’avoir comme conséquence de retarder encore pour longtemps, le paiement de leurs droits. Pour eux, l’Etat leur est encore redevable de 7,9 milliards de francs Cfa qui constituent leurs droits, selon la dernière ordonnance du juge commissaire. Ils envisagent de se faire entendre, dans les prochaines semaines, si jamais l’Etat ne met pas la main à la poche. Le premier ministre, Clément Mouamba, a pris le dossier en main, et ils espèrent que quelque chose de concret suivra.

Joël NSONI

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