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A quoi donc sert un Ministère de la culture en Afrique noire?

le ministre de la culture et des arts et Le directeur général de la Banque postale du Congo
le ministre de la culture et des arts et Le directeur général de la Banque postale du Congo

Le Ministère de la culture est, en Afrique noire, celui auquel, généralement, on pense en dernier lieu, dans la formation du gouvernement. Il est le petit poucet du conte. Cela apparaît dans la hiérarchie des portefeuilles et le budget dérisoire qui lui est alloué. Il semblerait même qu’on pourrait s’en passer, sans le souci de faire comme dans les grandes Nations d’Europe et d’autres régions du monde civilisé. C’est, évidemment, un tort. L’excuse à cela étant l’ignorance, en Afrique noire, du rôle de la culture dans le développement d’une société.

 On sait vaguement que la culture est l’ensemble des connaissances qu’une société transmet et valorise; son histoire, ses croyances, ses œuvres. On le sait, mais, répétons-le, vaguement, et on ne se préoccupe pas de savoir à quoi peut servir de posséder ces connaissances. Seuls les spécialistes en la connaissance de l’histoire, des croyances et des œuvres d’une société, savent que, réfléchies et méditées, ces connaissances deviennent le ressort du développement de la société où elles sont recensées. Le rapport dialectique du présent, pensé avec son passé, aboutissant à la synthèse de ce passé ou à son dépassement.
Dans le rapport du présent et de son passé, avec son contenu, l’ensemble des représentations du monde, d’une communauté, ses pratiques, ses codes sociaux, ses coutumes, ses catégories de pensée, ses œuvres spirituelles, produit sans cesse du nouveau, à condition que l’esprit reste actif, et plutôt que de subir le poids du passé, le réorganise et, grâce à son questionnement sans relâche, en tire des créations nouvelles. En Afrique noire, parce qu’il n’est jamais interrogé, le passé pèse des poids d’éternité sur des consciences closes et engourdies.
Une telle posture existentielle a des conséquences fâcheuses sur la vie et la marche des communautés. Dans nos Etats à composition sociale multiethnique et multiculturelle, l’entassement désordonné des trajectoires historiques singulières et sans rapport d’affinité immédiatement observable, ajoute au flou de leurs lignes et produit comme un écran brumeux qui en rend plus difficile encore la lecture et l’interprétation. C’est l’existence d’un tel écran brumeux entre son présent et son passé qui fait le drame de l’Afrique noire. Et faute d’un rapport lucide entre son présent et son passé connu, elle avance dans l’histoire à reculons, en mobilisant, de façon fantaisiste, les fragments misérables qui peuvent être restés de ce passé.
Ces fragments, faute de conditions favorables à leur transmission correcte, s’étaient, depuis, dégradés en folklore dont bien des traits, l’oubli jouant, sont devenus une énigme, même pour ses destinataires, c’est-à-dire les sujets relevant de cette culture maintenant dégradés en propos et en gestes vidés de leurs significations d’origine. C’est pour cette raison d’incompréhension, partielle ou totale, que ces sujets ont avec leur propre passé qui ne parle plus à leur conscience, ce rapport distancé et amusé qu’on observe souvent.
En connivence avec le Ministère de la recherche scientifique, il appartient donc au Ministère de la culture, à force de questionnement, de sagacité et au détour d’une démarche dialectique de dépassement novateur de l’ancien, de réveiller les valeurs dormantes de nos cultures maintenant figées en des formes et ont des traits qui nous amusent.

Dominique NGOÏE-NGALLA
Professeur d’histoire

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